6.4.09

133 - Procrastination structurée

Inventée par John Perry, un distingué professeur de philosophie à Stanford, la procrastination structurée est une invention géniale dont l'usage permet de transformer les pires procrastinateurs en bourreaux de travail. Tout est basé sur une observation simple, mais essentielle : le procrastinateur n'est pas tant quelqu'un qui aime glander que quelqu'un qui préfère faire autre chose que ce qu'il devrait faire. Par exemple tondre la pelouse, tailler ses crayons, ou mettre de l'ordre dans sa bibliothèque iTunes.
Why does the procrastinator do these things? Because they are a way of not doing something more important. If all the procrastinator had left to do was to sharpen some pencils, no force on earth could get him do it. However, the procrastinator can be motivated to do difficult, timely and important tasks, as long as these tasks are a way of not doing something more important. [1]
Toute la difficulté pour un procrastinateur, c'est de s'y mettre. On connait tous ça. La procrastination est une part essentielle du monde d'aujourd'hui, un ressort essentiel qui contribue à la stabilité des choses : le monde est plein de gens qui se lèvent le matin avec la ferme intention d'écrire un scénario de long métrage ou de conquérir le Zimbabwe, et qui finissent par cuisiner un tagine d'agneau ou repeindre les toilettes. Ce qui est embêtant pour eux, mais sympa pour les toilettes. Et salutaire pour le Zimbabwe !

Bon, mais alors que faire ? La mauvaise idée, explique John Perry, est d'essayer de se concentrer sur les choses importantes. C'est méconnaître gravement la psychologie procrastinatrice car, dans ces conditions, le procrastinateur, confronté à une liste de seulement 2 ou 3 choses essentielles, trouvera quand même le moyen de faire autre chose de vraiment, vraiment inutile. Alors qu'en acceptant toutes sortes d'engagements et en accumulant les tâches simultanées, le procrastinateur va accomplir une quantité impressionante de choses utiles en évitant seulement les plus utiles, qui trônent en haut de la liste... Et voilà !

Bon, alors je vous vois venir... Vous vous demandez ce qu'il en est des tâches du haut de la liste ? Eh bien justement. Tout l'art de la procrastination structurée consiste à choisir habilement ces dernières :
The trick is to pick the right sorts of projects for the top of the list. The ideal sorts of things have two characteristics, First, they seem to have clear deadlines (but really don't). Second, they seem awfully important (but really aren't). Luckily, life abounds with such tasks. In universities the vast majority of tasks fall into this category, and I'm sure the same is true for most other large institutions. [1]
Certes, réussir à se convaincre de l'urgence et de l'importance de tâches qui au fond ne sont ni si urgentes ni si importantes, nécessite un grande capacité à se mentir à soi-même... Mais ça tombe bien, conclut John Perry, car le procrastinateur est généralement un champion toutes catégories de l'auto-tromperie !

Et voilà en tous cas comment, grâce à la procrastination structurée, on écrit en 10 minutes un post n°133, en étant absolument persuadé que c'est uniquement le moyen de ne pas écrire celui sur le scientisme paradoxal qui, lui, est vraiment important et intéressant !


[1] John Perry - Structured Procrastination

6 commentaires:

Scander1005 a dit…

Je suis sûr qu'on est plein à l'appliquer inconsciemment la procrastination structurée...

kler a dit…

Futé! Effrayant aussi en matière de manipulation, mais futé quand même...

Demmanuel a dit…

Je pense que le procrastinateur débutant, n'a pas encore conscience de ces mécanismes nommés "auto-tromperie" dans ton (je peux ?) post.

Le procrastinateur averti, après beaucoup de lecture, qui peut inclure cognition, philosophie, psychologie, et d'autres domaines, peut nommer le phénomène, neutraliser les représentations néfastes et en inventer d'autres, destinées à consciemment "léser" son inconscient, ce qui paradoxalement revient à abonder dans sons sens : on se sent bien mieux quand on fait et note des choses importantes.

Aujourd'hui, comme je n'ai rien à faire, je dois prendre du temps pour traiter de l'administratif, poster un colis, ne pas oublier de manger, régler des factures. Mais, comme je n'ai rien à faire, je ne vais pas me sentir coupable si je reste par là à examiner ce blog et d'autres petites perles trouvées depuis le début de la semaine...

Je pense que les frontières entre productivité tangible et intangible et surtout l'importance qu'on leur donne sont le meilleur moyen pour se mésestimer parce qu'on procrastine.

J'ai la plume productive on dirait : désolé du commentaire un peu long...

JoëlP a dit…

Et cette note sur le scientisme paradoxal... On temporise encore mister DvanW ?

dvanw a dit…

Là c'est plus de la temporisation, c'est de la flemmardise structurée... Mais je compte bien m'y remettre à la rentrée !

Merci pour ta persévérance !

Gabriel a dit…

Wow! C'est fou ce qu'on peut découvrir sur Facebook. Je procrastinais là quand un ami a fait un lien vers ce billet. Je tombe dessus et je le lis. Boum! D'un coup, je découvre une autre bonne manière de procrastiner en lisant ce blogue!