La surcharge informationnelle, fléau de notre société de mass media et d'internet omniprésent... date (au moins) de l'antiquité grecque. Telle est la thèse plutôt rafraîchissante d'Anaïs Saint-Jude, professeur de français à Stanford.
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30.3.12
23.5.11
162 - Internet civilisé
Jeudi prochain, Nicolas Sarokozy posera pour les photographes entre Marc Zuckerberg, Bill Gates et Eric Schmidt à l'occasion de l' « e-G8 » qui se tiendra à Paris la veille du G8... Tout ce beau monde sera réuni sous la bannière d'une trouvaille présidentielle : l'internet civilisé.
Alors faut-il être fier de voir la France prendre l'initiative dans le secteur des technologies de la communication ? Eh ben en fait, pas vraiment ! L'e-G8 de notre bon président ressemble en fait beaucoup aux ruines de ce qui aurait du être une initiative française bien plus ambitieuse et bien différente dans son contenu...
Alors faut-il être fier de voir la France prendre l'initiative dans le secteur des technologies de la communication ? Eh ben en fait, pas vraiment ! L'e-G8 de notre bon président ressemble en fait beaucoup aux ruines de ce qui aurait du être une initiative française bien plus ambitieuse et bien différente dans son contenu...
9.11.10
150 - Super-empowerment
Dans un article du Monde intitulé Ces nouveaux Supermans qui déstabilisent les institutions, Yves Mamou établit un parallèle entre Jérôme Kerviel, Albert Gonzalez (un hacker condamné pour le vol et la revente de 170 millions de numéros de cartes de crédit) et Julien Assange.
1.2.10
138 - Appareil apatride
Il y a un gros mot dans la présentation video qu'oncle Google a mis en ligne à propos de son futur système d'exploitation. Il s'excuse aussitôt de l'avoir employé, certes, mais quand même : il est là.
Mais cette dichotomie s'applique aussi au niveau supérieur : internet est construit sur un mélange de protocoles stateful et stateless. Le FTP, par exemple, est stateful. C'est à dire qu'il fonctionne comme une conversation téléphonique entre un serveur et un client : le serveur répond à chaque requête en fonction de l'identité du client et du contenu passé de la conversation. Le HTTP du web, par contre, est stateless, c'est à dire qu'il ne veut pas savoir qui vous êtes ni ce que vous avez dit avant : HTTP est un malade d'Alzheimer et traite chaque requête comme un commencement absolu. Comme si vous deviez rappeler votre nom au début de chaque phrase pour avoir une conversation un peu suivie...
Maintenant, imaginez une machine qui ne puisse communiquer avec des données qu'à travers un protocole de type HTTP... Ah ! Voilà donc notre stateless device... Qu'en faire ? Qu'est-ce que ça change ? D'un côté, on serait tenté de répondre : pas grand chose. On continue de faire les mêmes choses, à part que les données sont « sur Internet » au lieu d'être « sur la machine ». Finies les données perdues ou inaccessibles parce qu'elles ne sont pas sur le bon ordinateur ! D'ailleurs, moi qui vous parle, j'utilise Google docs à peu près tous les jours...
Mais est-ce que le changement est aussi transparent qu'il en a l'air ? Pas sûr. Car si je peux accéder à mes données au travers d'un appareil sans état, d'un « appareil apatride », c'est bien parce que le document, lui, a changé de statut : il n'est plus apatride mais citoyen du monde ! Il existe potentiellement au vu et au su de tous, et possède - potentiellement, toujours - une histoire écrite, comme un article de wikipedia. Au lieu de manipuler des données brutes dans le temps d'un processus créatif intime, l'auteur externalise cette conversation avec lui-même, et s'inscrit dans un processus où il n'est plus seul maître à bord. Vis à vis du texte, il passe du statut de propriétaire à celui, plus pratique et plus soft, de détenteur d'un droit d'accès... Droit qu'il peut d'ailleurs partager avec qui bon lui semble !
Cette liberté nouvelle se paye. Car que devient le petit bout de texte d'autrefois, écrit à mon seul usage, et que je pouvais annihiler d'un clic ? Où est passée cette extension de cerveau que je pouvais poser là, et replier à volonté ? Et que devient la possibilité de disparaître ? De tout brûler, comme Kafka a voulu le faire ? Effacer complètement le moindre bout de texte est devenu un exercice où il n'est plus besoin d'être Kafka pour échouer... La plus piteuse idée a aujourd'hui toutes les chances de survivre à son auteur !
Et chaque mauvaise idée, chaque remords, chaque hésitation devient virtuellement aussi facile d'accès que l'état final du document... D'ailleurs la notion d'état final a-t-elle encore un sens quand la rectification est aussi facile et aussi immédiate ? Du temps du papier, l'imprimeur forçait à arrêter un état du texte. Du temps de l'informatique, il restait des numéros de version correspondant à l'envoi d'un texte qui allait être recopié ailleurs, sur un autre appareil, et ne plus changer. Mais si je donne un lien vers un document en ligne ?
Le terme même de « document » devient quelque peu discutable... Et que dire de l'auteur face à ce document survitaminé, qui commence à lui échapper ? Faudra-t-il-il parler d'auteur apatride ?
(1) What is Google Chrome OS ?
(2) Whatis?com - Stateless
If everything is stored on the internet, then your phone, your computer, all of these devices, are what people call "stateless". Which is kind of a big word, so maybe just remember this : Chrome is a totally rethought web brower, but Chrome OS is a totally rethought computer that let you stop worrying about your computer so you can focus on the internet. (1)Amusant comme l'oncle Google prend d'abord le risque de parler à ses clients comme à des adultes... avant de battre en retraite sur l'air de Don't worry, be happy ! Officiellement, stateless se traduit apatride. Si c'est un gros mot pour oncle Google, ce n'est pas tant à cause de l'identité nationale que parce qu'il renvoie à des idées profondément enfouies au sein même de techniques informatiques qui nous semblent neutres... Mais n'ayons pas peur des gros mots !
Stateful and stateless are adjectives that describe whether a computer or computer program is designed to note and remember one or more preceding events in a given sequence of interactions with a user, another computer or program, a device, or other outside element. Stateful means the computer or program keeps track of the state of interaction, usually by setting values in a storage field designated for that purpose. Stateless means there is no record of previous interactions and each interaction request has to be handled based entirely on information that comes with it. (2)Bon. Vous êtes chez vous en train d'écrire un texte sur le dinateur. Vous manipulez un fichier informatique avec l'aide d'un système complètement stateful. L'ensemble constitué par le dinateur et le programme sait des tas de choses : d'abord que vous avez le droit de modifier le fichier, que quand vous tapez un "a", il est de bon ton d'ajouter un "a" à la position (auparavant mémorisée) du curseur, que "dinateur" n'est pas français, etc... Bref, toute l'intelligence est du côté de l'appareil. Les données constituent une matière brute, évidemment sans mémoire, qui ne fait sens que grâce au contexte fourni par l'appareil. C'est tellement évident que ça semble tomber sous le sens : d'un côté l'ordinateur (stateful device), de l'autre les données brutes et bêtes (stateless data).
Mais cette dichotomie s'applique aussi au niveau supérieur : internet est construit sur un mélange de protocoles stateful et stateless. Le FTP, par exemple, est stateful. C'est à dire qu'il fonctionne comme une conversation téléphonique entre un serveur et un client : le serveur répond à chaque requête en fonction de l'identité du client et du contenu passé de la conversation. Le HTTP du web, par contre, est stateless, c'est à dire qu'il ne veut pas savoir qui vous êtes ni ce que vous avez dit avant : HTTP est un malade d'Alzheimer et traite chaque requête comme un commencement absolu. Comme si vous deviez rappeler votre nom au début de chaque phrase pour avoir une conversation un peu suivie...
Maintenant, imaginez une machine qui ne puisse communiquer avec des données qu'à travers un protocole de type HTTP... Ah ! Voilà donc notre stateless device... Qu'en faire ? Qu'est-ce que ça change ? D'un côté, on serait tenté de répondre : pas grand chose. On continue de faire les mêmes choses, à part que les données sont « sur Internet » au lieu d'être « sur la machine ». Finies les données perdues ou inaccessibles parce qu'elles ne sont pas sur le bon ordinateur ! D'ailleurs, moi qui vous parle, j'utilise Google docs à peu près tous les jours...
Mais est-ce que le changement est aussi transparent qu'il en a l'air ? Pas sûr. Car si je peux accéder à mes données au travers d'un appareil sans état, d'un « appareil apatride », c'est bien parce que le document, lui, a changé de statut : il n'est plus apatride mais citoyen du monde ! Il existe potentiellement au vu et au su de tous, et possède - potentiellement, toujours - une histoire écrite, comme un article de wikipedia. Au lieu de manipuler des données brutes dans le temps d'un processus créatif intime, l'auteur externalise cette conversation avec lui-même, et s'inscrit dans un processus où il n'est plus seul maître à bord. Vis à vis du texte, il passe du statut de propriétaire à celui, plus pratique et plus soft, de détenteur d'un droit d'accès... Droit qu'il peut d'ailleurs partager avec qui bon lui semble !
Cette liberté nouvelle se paye. Car que devient le petit bout de texte d'autrefois, écrit à mon seul usage, et que je pouvais annihiler d'un clic ? Où est passée cette extension de cerveau que je pouvais poser là, et replier à volonté ? Et que devient la possibilité de disparaître ? De tout brûler, comme Kafka a voulu le faire ? Effacer complètement le moindre bout de texte est devenu un exercice où il n'est plus besoin d'être Kafka pour échouer... La plus piteuse idée a aujourd'hui toutes les chances de survivre à son auteur !
Et chaque mauvaise idée, chaque remords, chaque hésitation devient virtuellement aussi facile d'accès que l'état final du document... D'ailleurs la notion d'état final a-t-elle encore un sens quand la rectification est aussi facile et aussi immédiate ? Du temps du papier, l'imprimeur forçait à arrêter un état du texte. Du temps de l'informatique, il restait des numéros de version correspondant à l'envoi d'un texte qui allait être recopié ailleurs, sur un autre appareil, et ne plus changer. Mais si je donne un lien vers un document en ligne ?
Le terme même de « document » devient quelque peu discutable... Et que dire de l'auteur face à ce document survitaminé, qui commence à lui échapper ? Faudra-t-il-il parler d'auteur apatride ?
(1) What is Google Chrome OS ?
(2) Whatis?com - Stateless
25.1.10
137 - Trans-parents
Comment expliquer l'impudeur des jeunes internautes qui étalent photos personnelles, listes d'« amis » et propos plus ou moins intimes sur les réseaux sociaux ? Jean-Marc Manach reformule la question ainsi :
Les ados - c'est pas nouveau ! - ont besoin d'échapper au regard des adultes. Les espaces interstitiels que leurs parents trouvaient encore dans le monde réel, dans les cafés, les squares ou les cinémas de l'ère rock'n'roll, les trans-parents y accèdent au travers des technologies de communication. Ils n'ont pas très peur de la NSA, mais ils préfèrent sans doute que leurs parents ne voient pas toutes leurs photos et ne lisent pas toute leur prose. Et pour peu qu'on ait des parents pas trop calés en ordinateur, lettres et prose sont finalement plus à l'abri sur Facebook que dans le tiroir de sa chambre !
(1) - InternetActu - Vie privée : le point de vue des “petits cons”
(2) - Josh Freed - Next up: Google Anatomy and Google Ogle
Et si, a contrario, ils ne faisaient qu'appliquer à l'internet ce que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la société ? (1)Et à l'appui de cette idée, il cite Josh Freed, éditorialiste à la Montreal Gazette qui, dans la lignée du transsexuel et de la trans-avant-garde, invente le trans-parent :
D'un côté, nous avons la "génération des parents", de l'autre, la "génération des transparents" : l’une cherche à protéger sa vie privée de manière quasi-obsessionnelle, l’autre sait à peine ce qu’est la “vie privée“.Et c'est vrai que la paranoïa de ma génération à moi quant à sa vie privée traîne avec elle un parfum de guerre froide... A l'exception de nos amis chinois, quel gouvernement a encore le temps et les moyens de surveiller nos petites opinions politiques ? La NSA a déjà bien du mal avec les islamistes radicaux, je ne suis pas sûr qu'elle traque très efficacement les sympathisants de Jean-Luc Mélenchon. Et puis il faut bien admettre que la place des propos subversifs dans les échanges électroniques entre ados est sans doute homéopathique...
La génération des transparents a passé toute sa vie sur scène, depuis que leurs embryons ont été filmés par une échographie alors qu’ils n’avaient que huit semaines… de gestation. Ils adorent partager leurs expériences avec la planète entière sur MySpace, Facebook ou Twitter et pour eux, Big Brother est un reality show. (2)
Generation Transparent loves publicity and spends its days on sites like Twitter, sending their friends brief "tweet" messages about what they're doing as they do it.En fait la seule véritable atteinte à sa vie privée qu'un ado a toutes les chances de ressentir en vrai, c'est celle de ses parents ! Et cette surveillance là n a rien de fantasmatique : elle est bien réelle et a sans doute plutôt tendance à se renforcer à notre époque sécuritaire et adepte du principe précaution... Il n'est qu'à voir la masse de discours développé autour du thème pédophilie et internet pour s'en faire une idée ! Ou bien de lire cette histoire hallucinante arrivée à Greensburg (Pennsylvanie) où 3 adolescentes sont jugées pour child pornography parce qu'elles ont envoyé des photos... d'elles à leurs petits amis ! Un coup à faire passer nos amis chinois pour de gentils amateurs...
- Hi. I'm out buying tofu (see attached photo). Where r u?
- Cool! I'm buying yogurt right down the aisle from u -- I'm in the photo u just took.
- Oh yeah! Cool -- Wave, wave. Kiss, Kiss. :-)
- OK, bye for now. Let's tweet again when we're at the cash. (2)
Les ados - c'est pas nouveau ! - ont besoin d'échapper au regard des adultes. Les espaces interstitiels que leurs parents trouvaient encore dans le monde réel, dans les cafés, les squares ou les cinémas de l'ère rock'n'roll, les trans-parents y accèdent au travers des technologies de communication. Ils n'ont pas très peur de la NSA, mais ils préfèrent sans doute que leurs parents ne voient pas toutes leurs photos et ne lisent pas toute leur prose. Et pour peu qu'on ait des parents pas trop calés en ordinateur, lettres et prose sont finalement plus à l'abri sur Facebook que dans le tiroir de sa chambre !
(1) - InternetActu - Vie privée : le point de vue des “petits cons”
(2) - Josh Freed - Next up: Google Anatomy and Google Ogle
10.10.08
123 - Skywriting
Skywriting, écrire dans le ciel... Jolie métaphore pour cet exercice d'écriture auquel je suis en train de me livrer, là, tout de suite. Un exercice à la fois privé (dans son mode de production) et massivement public, au moins virtuellement, dans sa diffusion... Eh oui, le nombre de lecteurs (potentiels, certes) avoisine maintenant le milliard et demi !
Je sais pas vous, mais moi ces histoires de cloud computing, je n'ai jamais trouvé ça très engageant. D'un point de vue météorologique, j'entends : cloud computing me donne plutôt envie de rester au coin du feu.
Skywriting, c'est autrement plus exaltant... D'autant qu'il suffit d'y googler un oeil pour découvrir que le sens véritable du skywriting, j'entends le sens googlesque, évoque une pratique dont le nuage est, précisément, l'ennemi absolu.
Bon, je ne retrouve plus où j'ai croisé initialement l'expression, mais c'était sans doute sur le web vu que ça pointait vers le texte contenant la première occurrence repérée du skywriting en question... Un texte de Stevan Harnad, un cogniticien de Princeton, qui raconte comment son penchant épistolaire, considéré par ses pairs comme un total anachronisme, avait trouvé une incarnation nouvelle au travers du mail puis du dit skywriting.
Tiens au fait je me pose une question : combien de temps l'expression nouvelles technologies va-t-elle encore survivre pour désigner des choses qui approchent le demi-siècle ?
(1) Stevan Harnad - Sky-Writing
voir aussi : 067 - Web 2.0
Je sais pas vous, mais moi ces histoires de cloud computing, je n'ai jamais trouvé ça très engageant. D'un point de vue météorologique, j'entends : cloud computing me donne plutôt envie de rester au coin du feu.
Skywriting, c'est autrement plus exaltant... D'autant qu'il suffit d'y googler un oeil pour découvrir que le sens véritable du skywriting, j'entends le sens googlesque, évoque une pratique dont le nuage est, précisément, l'ennemi absolu.
Bon, je ne retrouve plus où j'ai croisé initialement l'expression, mais c'était sans doute sur le web vu que ça pointait vers le texte contenant la première occurrence repérée du skywriting en question... Un texte de Stevan Harnad, un cogniticien de Princeton, qui raconte comment son penchant épistolaire, considéré par ses pairs comme un total anachronisme, avait trouvé une incarnation nouvelle au travers du mail puis du dit skywriting.
And then I discovered sky-writing -- a new medium that has since made my e-mailing seem as remote and obsolete as illuminated manuscripts. (...) The transformation was complete. The radically new medium seemed to me a worthy successor in that series of revolutions in the advancement of ideas that began with the advent of speech, then writing, then print; and now, skywriting. (1)Bon, l'histoire se finit mal puisque son enthousiasme se trouve brutalement refroidi ensuite par une avalanche de messages haineux déclenché par un troll de passage... Mais le plus intéressant dans l'histoire, c'est la date : ce texte, que Stevan Harnad avait envoyé au New York Times qui l'a refusé, date de 1987. 1987 !! Et il ne s'agissait pas de blogs, de forums, et encore moins de réseaux sociaux, mais de ce bon vieil Usenet dont seuls des quarantenaires endurcis peuvent encore se souvenir...
Tiens au fait je me pose une question : combien de temps l'expression nouvelles technologies va-t-elle encore survivre pour désigner des choses qui approchent le demi-siècle ?
(1) Stevan Harnad - Sky-Writing
voir aussi : 067 - Web 2.0
9.12.07
117 - Dark data
L'expression dark data a été introduite par Thomas Goetz dans un article pour Wired du 25/9/2007. (1) L'exemple qu'il donne pour expliquer l'idée est une étude parue en 1981 sur le cancer du pancreas : ses auteurs avaient cherché des liens avec l'alimentation, imaginant trouver une corrélation avec la consommation de tabac et/ou d'alcool. Or, la seule corrélation finalement découverte (et donc publiée) concernait la consommation de café.
20 ans plus tard, il s'est avéré que ce résultat était faux. Mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est que la véritable info de l'histoire est un résultat négatif : c'est l'absence de lien entre alcool, tabac et cancer du pancreas. Or, cette information n'aurait sans doute jamais été publiée sans l'existence du faux (mais positif) résultat sur le café. Les millions d'études et d'expériences scientifiques qui n'aboutissent qu'à un résultat négatif, à un résultet par défaut, ne sont presque jamais publiées. Et, pour Thomas Goetz, c'est ça qu'il faut changer :
Rendre les publications scientifiques libres d'accès est déjà un gros chantier, auquel se sont attelés les promoteurs de la Public Library of Science (2). Etendre le système à la somme colossale des résultats "négatifs" suppose une grosse mise à jour des infrastructures informationelles (comme on dit), notamment en termes de capacités de stockage en ligne : par les temps qui courent, le moindre projet scientifique a vite fait de générer quelques teraoctets de données. Ou ranger des petaoctets de dark data qui ne serviront peut-être jamais à rien ? Comment y accéder ? That is the question. D'ailleurs, Google serait déjà sur le coup. (3)
Mais tous ces problèmes de cables et de quncaillerie ne sont rien, remarque fort justement Thomas Goetz, à côté du véritable bouleversement que constituerait un tel système dans les habitudes de travail et de pensée des chercheurs... Et de leurs employeurs !(1) Wired : Freeing the Dark Data of Failed Scientific Experiments
(2) Public Library of Science
(3) PIMM : Google’s Palimpsest project
20 ans plus tard, il s'est avéré que ce résultat était faux. Mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est que la véritable info de l'histoire est un résultat négatif : c'est l'absence de lien entre alcool, tabac et cancer du pancreas. Or, cette information n'aurait sans doute jamais été publiée sans l'existence du faux (mais positif) résultat sur le café. Les millions d'études et d'expériences scientifiques qui n'aboutissent qu'à un résultat négatif, à un résultet par défaut, ne sont presque jamais publiées. Et, pour Thomas Goetz, c'est ça qu'il faut changer :
For the past couple of years, there's been much talk about open access, the idea that more scientific publications should be freely available — not locked behind firewalls and subscriptions. (...) Liberating dark data takes this ethos one step further. It also makes many scientists deeply uncomfortable, because it calls for them to reveal their "failures." But in this data-intensive age, those apparent dead ends could be more important than the breakthroughs.Si l'exemple cité plus haut se raconte en quelques mots, ce n'est évidemment pas le cas dans l'immense majorité des cas : la forme standard d'un "résultat négatif" doit plutôt ressembler à une pile de bottins bourrés de données brutes qui n'ont décidemment pas voulu ressembler à ce que leurs chercheurs avaient imaginé.
Rendre les publications scientifiques libres d'accès est déjà un gros chantier, auquel se sont attelés les promoteurs de la Public Library of Science (2). Etendre le système à la somme colossale des résultats "négatifs" suppose une grosse mise à jour des infrastructures informationelles (comme on dit), notamment en termes de capacités de stockage en ligne : par les temps qui courent, le moindre projet scientifique a vite fait de générer quelques teraoctets de données. Ou ranger des petaoctets de dark data qui ne serviront peut-être jamais à rien ? Comment y accéder ? That is the question. D'ailleurs, Google serait déjà sur le coup. (3)
Mais tous ces problèmes de cables et de quncaillerie ne sont rien, remarque fort justement Thomas Goetz, à côté du véritable bouleversement que constituerait un tel système dans les habitudes de travail et de pensée des chercheurs... Et de leurs employeurs !(1) Wired : Freeing the Dark Data of Failed Scientific Experiments
(2) Public Library of Science
(3) PIMM : Google’s Palimpsest project
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