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16.10.12

174 - Effet Flanby

L'effet Flanby est une sorte de variation antithétique de l'effet Streisand baptisé ainsi par Benjamin Bayart. 
Bon, on on va reprendre par le début : l'effet Streisand. En 2003, Barbara Streisand intente un procès à un site de photographie qui montre, parmi quelques milliers d'autres, images de la côte californienne, une photographie aérienne de sa maison de Malibu intitulée "Image 3850".

23.8.11

167 - Esprit frelon

 Jean-Louis Guigou, ancien chargé de mission auprès de Michel Rocard, et mari d'Elizabeth, signe, dans le Monde du 17 août, une tribune sur l'esprit frelon...
Dans le monde des insectes, les abeilles travaillent et produisent du miel, tandis que les frelons, grands prédateurs, leur sucent le miel et les détruisent. 

21.6.11

165 - Société postculturelle

Ecouté l'autre jour Répliques, l'émission d'Alain Finkielkraut, sous-titrée Au cœur de la France, et consacrée  - en gros - à l'immigration. Deux invités : Richard Millet, qui vit mal le fait d'être parfois le seul blanc dans son wagon de RER et se défend - plutôt mal - d'être un suppôt du Front National, et Jean-Christophe Bailly, qui joue consciencieusement le rôle de l'intellectuel de gauche (et effectivement, à côté des deux autres, il pourrait passer pour un gauchiste !)

30.5.11

163 - Illibéralisme

Je connaissais l'ultra-libéralisme, l'antilibéralisme, et même (mais de loin) le néolibéralisme. J'ignorais par contre tout de l'illibéralisme, croisé l'autre jour sur le blog de Laurent Mauduit. Wikipédia faisant totalement défaut sur ce coup-là, c'est Pierre Rosanvallon qui m'a semblé apporter la définition la plus satisfaisante de la chose. 

23.5.11

162 - Internet civilisé

Jeudi prochain, Nicolas Sarokozy posera pour les photographes entre Marc  Zuckerberg, Bill Gates et Eric Schmidt à l'occasion de l' « e-G8 » qui se tiendra à Paris la veille du G8... Tout ce beau monde sera réuni sous la bannière d'une trouvaille présidentielle : l'internet civilisé. 

Alors faut-il être fier de voir la France prendre l'initiative dans le secteur des technologies de la communication ? Eh ben en fait, pas vraiment ! L'e-G8 de notre bon président ressemble en fait beaucoup aux ruines de ce qui aurait du être une initiative française bien plus ambitieuse et bien différente dans son contenu...

11.4.11

157 - Maladie des coûts

En 1965, la fondation Ford commande un audit sur l'économie des théâtres new-yorkais à deux économistes qui s'appellent William J. Baumol et William G. Bowen. Le résultat de leur travail a été baptisé au choix loi de Baumol, maladie des coûts croissants, ou plus simplement : maladie des coûts. 

Baumol et Bowen distinguent deux secteurs économiques distincts: le secteur progressif et le secteur archaïque. Dans le premier, on met l'essentiel de l'industrie, dont la productivité est en augmentation constante : il faut de moins en moins de temps de travail pour assembler une voiture ou un ordinateur :

4.4.11

156 - Seuil de contreproductivité

Citée plusieurs fois par Olivier Rey dans l'émission Répliques du 19 mars dont j'ai déjà causé ici, le seuil de contreproductivité est, si j'en crois Wikipedia, la principale notion illichienne. En ces temps de Fukushima, de Marie-Monique Robin, et de scepticisme généralisé vis à vis de l'expertise scientifique, l'idée semble tout à fait dans l'air du temps...

21.3.11

154 - Esotérisme intrinsèque de la science

Je n'ai pas appris grand chose sur les nanotechnologies en écoutant Répliques, l'émission d'Alain Finkielkraut, qui leur était consacrée samedi dernier. Par contre, il y a eu un moment dans la discussion entre Etienne Klein (physicien fameux) et Olivier Rey (philosophe, collègue de Finkielkraut à Polytechnique) que j'ai trouvé tout à fait intéressant. Il s'agissait des rapports que peuvent (ou doivent ?) entretenir science et démocratie.

4.3.11

152 - Fin de l'histoire

Et si les néoconservateurs avaient raison ? La question fait bondir n'importe quel Français normalement constitué, moi le premier. Mais derrière la question provocatrice, l'argumentaire de Jacques Rollet dans sa tribune du Monde (1) est assez troublant... D'abord, on reproche aux néoconservateurs (et aux Américains en général) un cynisme au service de leurs propres intérêts... Mais le cynisme est-il vraiment un produit d’outre-Atlantique ?

9.11.10

150 - Super-empowerment

Dans un article du Monde intitulé Ces nouveaux Supermans qui déstabilisent les institutions, Yves Mamou établit un parallèle entre Jérôme Kerviel, Albert Gonzalez (un hacker condamné pour le vol et la revente de 170 millions de numéros de cartes de crédit) et Julien Assange.

15.3.10

144 - Libéralisme bureaucratique

Dans la famille oxymore je voudrais le libéralisme bureaucratique. C'est le titre d'un livre écrit par un professeur suisse d'administration publique en 2004 (1), mais c'est sous la plume d'Yves Michaud que je l'ai personnellement découvert, niché dans la quatrième partie d'une note à épisodes dédiée au livre de Francis Brochet : La grande rupture. (2)

22.2.10

141 - Quatrième blessure narcissique

Béatrice Levet est philosophe et, à l'occasion de la parution du livre de Nicolas Werth sur la terreur stalinienne (1), elle s'interroge sur la curieuse asymétrie du devoir de mémoire envers les victimes des totalitarismes du siècle dernier : pourquoi les millions de victimes du stalinisme n'ont-elles pas le même statut dans la mémoire collective que les millions de victimes du nazisme ?
Pourquoi cette asymétrie ? Pourquoi cette déplorable et cruelle réticence à méditer la défaite du communisme? Peut-on tout à la fois se prétendre antitotalitaire, comme s’en flatte notre époque, et rechigner non seulement à penser le communisme réel mais à le condamner avec la même énergie que le nazisme ? (2)
A cette question, Béatrice Levet apporte plusieurs réponses, mais elle en développe une en particulier qui met en jeu la quatrième blessure narcissique infligée à l'Humanité. Là, le lecteur attentif aura compris que le genre humain a donc déjà subi  auparavant 3 blessures narcissiques... Et il se sera peut-être demandé : lesquelles ? Eh bien sache, impatient lecteur, que c'est Sigmund Freud qui a pointé les 3 premières dans son Introduction à la psychanalyse.   

La science, expliquait-t-il, a déjà infligé à l'Humanité deux blessures narcissiques. La première remonte au XVIème siècle, lorsque Copernic (entre autres) a mis fin à la vieille conception géocentrique de l'Univers, lequel décidement, ne tournait pas autour de notre petit personne... La seconde, 3 siècles plus tard, est l'œuvre de Charles Darwin qui a montré que l'espèce humaine n'avait aucune raison de revendiquer une place particulière dans le règne animal ou dans l'arbre du vivant. Et la troisième ? Eh bien la troisième, Sigmund y travaille activement au moment même où il écrit ces lignes...
Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de ren­seignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. (3)
Fin du flash-back. Selon Béatrice Levet, la quatrième blessure narcissique nous est infligée par l'effondrement de l'utopie communiste, utopie qui - on le sent bien - est la mère de toutes les utopies politiques globales et les entraîne avec elle dans sa chute. L'idée qu'on puisse mettre à bas l'ancien monde et en reconstruire un nouveau, radicalement neuf, entièrement basé sur la Raison, et fondamentalement meilleur, cette idée a vécu. Bref, c'en est fini de la conception prométhéenne ou messianique qui fait de l’homme le bâtisseur du royaume du Bien. C’est en ce sens que l’on peut dire avec Georges Steiner que « la défaite du communisme est une grande défaite de l’humanité. » Ou alors avec François Furet : Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons. (4)

Sale histoire pour les utopistes, radicaux et autres adeptes d'un ordre nouveau...  Sans être tout à fait sûr d'adhérer de bonne grâce à cette vision  un peu désenchantée, je dois bien reconnaître que les transformateurs en bloc du genre humain n'ont pas amené à des périodes de l'histoire très riantes, tandis que les améliorateurs à la petite semaine et autres réformistes ont remporté quelques succès et rendu le monde (localement) un peu plus vivable...

Mais attention ! La chute de l'utopie communiste constitue-t-elle vraiment LA quatrième blessure narcissique ? Car Béatrice Levet n'a pas l'exclusivité, bien au contraire ! Il existe même des dizaines de candidats à ce titre envié... Ici, c'est le marché, là le système nerveux (?) Pour certains, c'est la mondialisation, pour d'autres c'est Internet (ça mange pas de pain et ça fait moderne... encore pour une ou deux décennies !)... Plus orientée philosophie, cette bonne vieille  mort de Dieu pourrait tout aussi bien faire l'affaire ! A moins qu'on lui préfère, pour rester dans le champ des sciences et techniques, la dissolution des frontières entre l'Homme et la machine, qui me semble un candidat assez plausible...

Bref, côté blessures, il n'y a que l'embarras du choix, et ce n'est sans doute pas fini ! Allez, dépêchons-nous d'en choisir une quatrième, qu'on puisse commencer à rechercher activement la n°5...


(1) Nicolas Werth - L’ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse, 1937-1938
(2) Bérénice Levet - La grande nuit stalinienne - Causeur.fr
(3) Sigmund Freud - Introduction à la psychanalyse
(4) François Furet - Le passé d'une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXe siècle

15.2.10

140 - Biais centriste

Il semble que ce soit le Time de novembre dernier qui ait mis un nom sur cette idée : le biais centriste (moderate bias) aurait pour résultat de faire préférer aux commentateurs (et aux journalistes en particulier) une position intermédiaire entre progressisme et conservatisme, centriste donc, et surtout de leur faire considérer cette position comme une absence de position.

Centrism is a political position too. And you see moderate bias — i.e., a preference for centrism — whenever a news outlet assumes that the truth must be "somewhere in the middle." You see it whenever an organization decides that "balance" requires equal weight for an opposing position, however specious: "Some, however, believe global warming is a myth."
Often, moderate bias is just the result of caution, but the effect is to bolster centrist political positions — not least by implying that they are not political positions at all but occupy a happy medium between the nutjobs. Meanwhile, conservatives see moderate bias as liberal, and liberals see it as conservative — letting journalists conclude that it's not bias at all. (1)
Pas sur que le biais centriste ait tout à fait la même puissance dans notre vie politique française, où la modération vend moins, surtout à gauche ! Si, par exemple, vous êtes un dirigeant socialiste, méfiez-vous : si vous y cédez, le biais centriste a toutes les chances de vous renvoyer à la maison !

Mais si l'article du Time concernait spécifiquement la politique, et la politique américaine qui plus est, les bloggers Tom Roud et Thimotée relèvent le même phénomène au niveau de la médiation scientifique, où il est à la fois absurde et dangereux :
 Ne pas prendre position entre deux points de vue, c’est prendre indirectement position en mettant sur le même plan les deux discours exposés et donc en légitimant le discours plus “minoritaire”. Ce qui est tout à fait acceptable en politique devient particulièrement gênant quand il s’agit de sciences, où il y a clairement des opinions beaucoup, beaucoup plus fausses que d’autres… (2)
 Et oui : en sciences le biais centriste n'a pas pour résultat  non pas de favoriser une position  « centriste » qui reste  à inventer mais de crédibiliser des positions disons... hétérodoxes. On se heurte là à toute l'ambiguité du débat public sur les sciences  : laisser les opnions hétérodoxes s'exprimer, c'est très bien. Mais la question c'est : où ? Il ne faut pas confondre débat scientifique (dont la place est dans les revues, forums spécialisés, et autres colloques) et débat public.

Le modèle démocratique, qui considère que chaque citoyen peut (et doit !) se faire une opinion personnelle sur le fonctionnement de la Cité, ne marche pas en sciences ! Jusqu'à preuve du contraire, on ne vote pas les lois de la Nature, et si le compromis est nécessaire en politique il n'a simplement pas de sens en sciences. Remettre en cause l'autorité c'est bien. Encore faut-il le faire avec des outils adaptés ! Désolé pour le débat d'idées que j'aime aussi, mais remettre en cause le réchauffement climatique en se basant sur la météo du Parisien d'hier, ça me semble un tout petit peu présomptueux...


Voir aussi : Flying Spaghetti Monster

(1) Time - Polarized News? The Media's Moderate Bias
(2) Blog Darwin 2009 - Petit précis de scepticisme

7.3.09

130 - Effet réversif de l'évolution

Une fois n'est pas coutume, l'idée que j'ai attrapée aujourd'hui , je ne l'ai pas lue. Non, rassurez-vous, je ne l'ai pas non plus inventée : chacun son métier ! Non, en fait je l'ai entendue. Et, qui plus est, de la bouche même de son créateur ! Alors figurez-vous que je dînais l'autre soir avec Bernard (Henry Lévy) et Philippe (Sollers)... Non, je plaisante. J'ai seulement assisté à une conférence de Patrick Tort sur Darwin.

C'était plutôt très bien raconté : le jeune Darwin, sa famille, son Beagles... Le tout assorti de quelques piques assez mystérieuses adressées à un historien des sciences que, après documentation, j'imagine être André Pichot (cf. [1]). Ensuite on a eu un résumé synthétique des principes de l'évolution darwinienne à l'aide d'un schéma très clair - paraît-il - qu'il avait hélas oublié d'amener, et que du coup il décrivait au fur à mesure... Ce qui rendait l'ensemble nettement moins limpide. Mais enfin bon : divergence et sélection, on commence à connaître un peu l'histoire !

Là où ça devenait plus nouveau (pour moi, qui n'avais pas lu Patrick Tort) c'est quand il a été question de l'effet réversif de l'évolution. Là, mon oreille s'est dressée. En gros, il s'agissait d'expliquer comment la sélection naturelle peut laisser se développer des comportements sociaux (la protection des plus faibles) et moraux (l'altruisme) apparemment contre-productifs du point de vue individuel.
Les hommes les plus braves (...) qui risquent volontiers leur vie pour leurs semblables, doivent, en moyenne, succomber en plus grande quantité que les autres. Il semble donc presque impossible (...) que la sélection naturelle puisse augmenter le nombre d'hommes doués de ces vertus. [2]
Dans la bouche de Patrick Tort, ça donne ça :
La sélection naturelle, principe directeur de l'évolution impliquant l'élimination des moins aptes dans la lutte pour la vie, sélectionne dans l'humanité une forme de vie sociale dont la marche vers la civilisation tend à exclure de plus en plus, à travers le jeu lié de l'éthique et des institutions, les comportements éliminatoires. En termes simplifiés, la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s'oppose à la sélection naturelle. Comment résoudre cet apparent paradoxe ? [3]
Comment le résoudre, donc, mais d'abord : pourquoi ? On sent bien que l'enjeu, c'est de garder Darwin dans le camp progressiste, en montrant la comptabilité de ses idées avec les valeurs de gauche. C'est pour cela que Patrick Tort prend bien soin de démarquer Darwin du « darwinisme social » de Spencer et surtout des thèses sulfureuses de Galton, cousin de Darwin et inventeur de l'eugénisme. Noble intention, certes, d'autant que Darwin lui-même ne rend pas service à Patrick Tort en citant abondamment Galton et Spencer (qualifié de grand philosophe) dans La filiation de l'homme, dont le cadre conceptuel est quand même assez loin de la gauche plurielle :
Notre instinct de sympathie nous pousse à secourir les malheureux ; la compassion est un des produits accidentels de cet instinct que nous avons acquis, au même titre que les autres instincts sociaux dont il fait partie. (...) Nous devons donc subir, sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui résultent de la persistance et de la propagation des êtres débiles. Il semble toutefois qu'il existe un frein à cette propagation, en ce sens que les membres malsains de la société se marient moins facilement que les êtres sains. Ce frein pourrait avoir une efficacité réelle si les faibles de corps et d'esprit s'abstenaient du mariage ; mais c'est là un état de choses qu'il est plus facile de désirer que de réaliser. [2]
Bref, on reste sur l'impression que c'est le réalisme, plutôt que l'amour des faibles, qui sauve Darwin de l'eugénisme... Alors le défendre contre les fondamentalistes de tous poils, d'accord ! En faire un parangon de la pensée de gauche... Je suis moins sûr.

Mais revenons au paradoxe. Patrick Tort systématise la pensée de Darwin (qui est tout de même beaucoup plus flou sur la naissance du sens moral) dans cette notion d'effet réversif de la sélection naturelle : plus les groupes humains s'organisent, plus l'instinct social est avantageux pour l'individu, plus il est donc sélectionné, jusqu'à arriver à l'état de civilisation dans lequel les différentes formes morales et institutionnelles de l'altruisme s'épanouissent, modifiant le jeu même de la sélection naturelle.
La sélection naturelle s'est trouvée, dans le cours de sa propre évolution, soumise elle-même à sa propre loi - sa forme nouvellement sélectionnée, qui favorise la protection des "faibles", l'emportant, parce qu'avantageuse, sur sa forme ancienne, qui privilégiait leur élimination. L'avantage nouveau n'est plus alors d'ordre biologique : il est devenu social. [3]
Patrick Tort, qui n'avait pas oublié son ruban de papier, s'en est servi pour construire un ruban de Moebius qui, nous a-t-il expliqué, est une métaphore de l'effet réversif : grâce au retournement introduit dans la boucle, on circule sans discontinuité d'une face (la nature) à une autre (la culture). Et voilà comment on en arrive à prêter sa perceuse au voisin !

[1]
Le Monde - L'éternelle querelle autour de Darwin
[2] Charles Darwin - La filiation de l'homme

[3]
Institut Charles darwin - Effet réversif de l'évolution

Voir aussi :
112 - Coévolution gène-culture

21.10.08

124 - Effet Bradley

L'effet Bradley porte le nom d'un maire de Los Angeles qui a perdu les élections pour le poste de gouverneur de Californie en 1982, alors que les sondages "sortie des urnes" le donnaient largement gagnant. On peut aussi parler d'effet Dinkins ou d'effet Wilder, d'après les noms d'autres candidats à qui est arrivée la même mésaventure... Le point commun entre Dinkins, Wilder et Bradley ? La couleur : ils sont noirs !

L'effet Bradley est donc un biais qui affecte les sondages et qui tend à surestimer systématiquement les chances d'un candidat noir aux élections, à cause de la difficulté des électeurs blanc à avouer que la race influe sur leur vote. Bon, vous devinez pourquoi la presse américaine est pleine d'articles sur l'effet Bradley... Va-t-il falloir bientôt le rebaptiser effet Obama ? Barack Obama va-t-il entrer dans l'histoire comme président des Etats-Unis ou comme effet ? That's the question.

Bon, mais rassurez-vous, rien n'est simple ! Depuis 1982, l'amplitude de l'effet Obama, pardon : Bradley, semble avoir diminué. Cela dépendrait en fait beaucoup du « climat » local : dans les Etats où règne un certain politiquement correct (en gros : nord-est et Californie) l'effet Bradley, semble persister, alors que dans certains coins (en gros : sud-est) on aurait même un effet Bradley inversé, certains électeurs blancs n'osant pas avouer aux sondeurs qu'ils sont prêts à voter pour un noir (ce qui donne une idée de l'ambiance !)...

Et puis l'effet Bradley touche aussi les noirs ! Mais à l'envers. Certains, craignant d'apparaître comme votant pour des raisons raciales, vont hésiter à afficher leur soutien à un candidat noir... Surtout si le sondeur est blanc ! Ah oui, parce qu'on n'en n'a pas encore parlé du sondeur. Et on sait bien que la race du sondeur influence aussi la réponse qui va être donnée par le sondé.

Et puis la délicate balance entre effet Bradley classique et effet Bradley inversé se complique du fait qu'Obama a fait beaucup d'efforts pour ne pas apparaître aussi noir que ça... Ce que certains électeurs noirs lui reprochent, d'ailleurs. Et puis n'oublions pas que la différence d'âge pourrait provoquer un effet (encore anonyme, celui-ci) du même ordre : certains électeurs âgés n'osant pas avouer qu'ils n'ont pas confiance dans un jeunot. Et réciproquement. A moins que ce soit l'inverse.

Ah, et puis j'oubliais : la situation économique étant ce qu'elle est, il se pourrait même que certains électeurs aient l'idée saugrenue de voter pour de bonnes raisons, du genre qui a à voir avec le programme des candidats ! Ca, pour le coup, ce serait une nouveauté qui mériterait bien un nom... Effet Greenspan ?


New-York Times : Do Polls Lie About Race ?
BBC news : Will closet racism derail Obama ?
Wikipedia : Bradley effect

22.5.07

113 - Anaphore

Bon, d'accord, c'est vrai : j'ai manqué à mon promesse d'au point un post par semaine... C'est mal. Mais foin de la repentance qui est, comme on sait, une forme de la haine de soi. Pour me faire pardonner, j'ai découvert la vraie raison de l'élection de Nicolas Sarkozy. La vraie raison de l'élection de Nicolas Sarkozy c'est l'usage massif de l'anaphore. Oui, l'anaphore : cette figure de rhétorique, qui se caractérise par la répétition d'un même mot ou d'un même segment en tête de vers ou de phrase...
Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! (1)
Des anaphores, le candidat Sarkozy en a commis une quantité assez colossale durant la campagne...
Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe dotée d’un gouvernement économique qui défende les intérêtes des Européens.
Nous devons être capables de leur proposer une Europe où un rapprochement européen d’entreprises ne puisse pas être interdit parce qu’il est présumé pouvoir engendrer un abus de position
dominante.
Nous devons être capables de leurproposer une Europe où les dogmes de la concurrence n’interdisent pas les politiques industrielles. (2)

Vous reconnaissez le procédé ? C'est pas du Corneille, mais c'est tout comme : c'est du Henri Guaino ! Même si l'anaphore n' a pas fait directement élire Nicolas Sarkozy, elle a au moins joué un rôle emblématique dans le succès d'une rhétorique largement basée sur... la répétition. Si Arlette reste la championne toutes catégories, Nicolas Sarkozy arrive bon second au palmarès du copier-coller, avec un taux moyen de recyclage de 24 % sur l'ensemble de ses discours de campagne. Damon Mayaffre linguiste au CNRS, a -par exemple- compté 241 occurences du mot autorité en 43 meetings. Et 39 fois la formule "nous n'avons pas le droit de..."
Il [Nicolas Sarkozy] a toujours utilisé des phrases courtes et concises - alors que sa concurrente socialiste employait des phrases longues nourries d'incidentes - dont le propos était repris, martelé et amplifié par de nombreuses figures de répétition, telle l'anaphore rhétorique ("Ma France, c'est celle de tous les Français (...). Ma France, c'est celle des travailleurs..."), technique oratoire qui cherche à fixer des vérités et à entraîner l'adhésion des auditeurs. Comme s'il s'agissait de donner dans la syntaxe et le rythme des énoncés un équivalent de ce que serait son attitude à la tête de l'Etat : persévérance dans l'action et recherche de résultats rapides. (3)
Cela dit, s'il suffisait d'employer massivement l'anaphore pour se faire élire, ça se saurait. Tenez, celui-là, par exemple :
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte... (4)
Eh ben il a jamais réussi à se faire élire nulle part !

(1) Horace - Pierre Corneille
(2) Nicolas Sarkozy - discours à Strasbourg, 21-01-07
(3) Le Monde - Sarkozy, le poids des mots, par Michel Erman
(4) Arthur Rimbaud - Illuminations

Voir aussi : 107 - Pataphore

6.3.07

108 - Panique morale

Si les « valeurs » traditionnelles ne sont pas respectées, nous allons nous retrouver sur une pente « glissante » ou « fatale ». (...) Si on aide à mourir les grands souffrants sans aucun espoir de guérir, on finira par faire mourir tous les plus vieux. (...) Si on commence par fumer des joints, on passera au crack puis au trafic, puis à brûler des voitures et attaquer la police pour le protéger. (1)
Cet argument de la pente fatale est à la base d'un discours très présent dans l'espace public aujourd'hui et que le philosophe Ruwen Ogien nomme panique morale. La grande crainte qui sous-tend ce discours, c'est celle d'un effondrement de la société. Certaines institutions, comme la famille hétérosexuelle biparentale, sont vues comme des organes vitaux, dont la destruction porterait un coup fatal au corps social dans son ensemble. (1) Que des milliers de familles recomposées ou homoparentales se soient déjà formées sans que la la société ne s'effondre ne change d'ailleurs rien à cette angoisse...

Le discours de la panique morale pose les problèmes en termes de valeurs plutôt qu'en termes de droits ou d'intérêts, et ce glissement de vocabulaire n'est évidemment pas neutre :
Aux Etats-Unis, George W. Bush et le camp républicain ont exploité en permanence la valeur « famille » pour nier aux personnes de même sexe le droit de se marier et d'élever des enfants, la valeur « vie » pour contester le droit davorter, la valeur « sécurité » pour brider le droit à informer des journalistes et les droits de la défense (...). (1)
La question que pose Ruwen Ogien, c'est : pourquoi le discours sur les valeurs, thème traditionnel de la droite, déborde-t-il à ce point aujourd'hui sur le discours de la gauche ? L'idée que l'électorat « populaire » serait plus sensible à des « valeurs morales » qu'à ses droits, ses libertés et ses intérêts matériels, est-elle une idée juste ?

(1) Le Monde 2 du 3-03-07: entretien avec Ruwen Ogien
Editions Grasset : La panique morale
Sciences humaines : Halte à la panique morale !

8.1.07

100 - Droit opposable

Un droit opposable est un droit qui permet à tout citoyen de faire condamner par la justice toute autorité publique qui ne le respecterait pas. On est clairement dans le registre de la tautologie : un droit opposable est un droit qui est vraiment un droit. C'est un peu l'équivalent d'une vraie bonne idée. Non seulement c'est un droit, mais en plus c'est un droit. C'est l'Etat qui nous dit : « Juré, craché, si je mens, j'vais en enfer ! »

Déjà présent dans les programmes de Laurent Fabius (1) et de Nicolas Sarkozy, le droit opposable au logement devrait être inscrit dans la loi française le 17 janvier et concerner toutes les personnes logées dans des habitations insalubres ou indignes... dès 2012 !

Bref, les problèmes vraiment dramatiques que rencontrent 85000 SDF et 4 millions de mal logés (2), c'est de l'histoire ancienne. Enfin, plus exactement, ce sera de l'histoire ancienne en 2012. A cette date les SDF n'auront plus qu'à se trouver un bon avocat pour avoir un toit. La France sera enfin un endroit sympa et solidaire où qu'il fera bon vivre... Au petit jeu des promesses, Nicolas Sarkozy avait déjà fait mieux avant de se faire griller la politesse : 0 ZDF en 2009 ! C'est drôle comme le paradis des politiques est toujours quelquepart après la prochaine élection...

Concrètement ça se passe comment ? Qui a droit à quoi ? L'avant-projet de loi, qui a fuité sur Internet, n'apporte guère de réponses... (2) En attendant, Eric Le Boucher a proposé dans le Monde un autre droit opposable qui semble, dans le contexte actuel, franchement utopiste :
Que la France du logement social soit en échec, voilà qui est avéré. L'abbé Pierre aura beau y avoir consacré sa vie, il y a cinquante ans que cela dure. Le problème de fond aujourd'hui est que la France manque de 600 000 logements. (...) Mais M. Chirac n'a pas le temps d'attendre. Son gouvernement propose à la va-vite un système typiquement français : un droit (un de plus donc) si complexe que personne ne voit vraiment comment il va s'appliquer et qui, en tout état de cause, n'entrera pas en vigueur avant... plusieurs années.

Si on peut formuler un voeu en ce début d'année, c'est que l'élection mette un terme final à ce chiraquisme compassionnel. S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui de sérieux. (3)

(1) Laurent Fabius : Nous devons faire du droit au logement un droit opposable
(2) Frédéric Rollin : droit au logement opposable : des chiffres au droit
(3) Le droit au sérieux opposable, par Eric Le Boucher