2.4.06

076 - Bioéconomie

L'économiste Nicholas Georgescu-Roegen est le fondateur de la bioéconomie. Né en roumanie, puis naturalisé américain, élève de Joseph A. Schumpeter, il défend une remise en perspective radicale des théories économiques selon deux axes : la biologie ( l'économie est une science du vivant ! ) et la physique ( les économistes classiques se situent dans une perspective mécaniste qui néglige l'entropie... )
Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible et l'est irrévocablement; par conséquent, on ne peut en rendre compte en termes mécaniques seulement.
Robert Ayres, l'un des disciples de Nicholas Georgescu-Roegen, cité par Le Monde 2 du 25 mars, explique de cette façon la perspective bioéconomique :
Nous analysons l'économie comme un système de transformation de matière et d'énergie régi par les lois de la physique, et non comme une machine à mouvement perpétuel conduite par des forces exogènes, avec la monnaie pour unique médium.

Georgescu-Roegen : Bioéconomie et biosphère.
Voir aussi : 056 - Empreinte écologique

12.3.06

075 - Pronétariat

Dans la série : « Moi aussi je fais mon livre sur le phénomène blog ! » cette fois, c'est Joël de Rosnay qui s'y colle. Et comme il faut quand même se démarquer un minimum de la concurrence, Joël a forgé le concept de pronétariat. Les pronétaires, donc, ce sont les « nouveaux producteurs et acheteurs de biens et services produits par eux-mêmes en ligne sur les réseaux. »
Il m’est apparu essentiel d’expliquer en terme clairs, - car le jargon né des internautes est parfois mystérieux (blogs, wikis, Skype et autres…) - pourquoi cette e-révolution s’apparente à une nouvelle « lutte des classes » entre les grands pouvoirs politiques et industriels et la société civile.
Bon, alors bien sûr, on peut discuter la finesse du jeu de mot, rechigner devant cette façon cavalière de plaquer un marxisme de bazar sur les derniers buzzwords à la mode, ou être un peu incommodé par le fort parfum de réchauffé qui se dégage de l'ensemble... N'empêche qu'à 69 ans, Joël reste dans la course, comme le prouve l'audacieuse trouvaille typographique de la couverture : un e cerclé façon arobase remplace le é de pronétariat !

La révolte du pronétariat

1.3.06

074 - Calcul contrefactuel

Des chercheurs de l'Université de l'Illinois ont monté une expérience où un ordinateur quantique ( càd : un dispositif logique à base de photons et de miroirs ) parvient à obtenir un résultat sans accomplir de calcul, sans même être « mis en marche ».

Ce calcul, effectué sans l'être, est dit contrefactuel, terme qui désigne en grammaire la logique contraire ou de la cause inverse, une relation de causalité qui n’a pas opéré dans le réel :
Bien qu’il pleuve, je n’ai pas pris mon parapluie.
Le calcul contrefactuel utilise la capacité d'une particule à interférer avec elle-même, ce qui permet, en observant une particule empruntant une trajectoire A d'en déduire ce qui serait arrivé si elle avait emprunté une trajectoire B. En d'autres termes :
Un événement qui aurait pu se produire et ne l'a pas fait, a des conséquences physiquement observables.
Absurde ? Complètement... Einstein n'aurait pas du tout apprécié ! Le problème, c'est que ça a l'air de marcher...

New scientist : Quantum computer works best switched off
Et pour une explication plus technique de l'effet en question :
Le Contrefactuel

073 - Plot device

Difficile de traduire plot device en français... Ustensile narratif ? Quoi qu'il en soit, un plot device a pour fonction de faire avancer le déroulement d'un film, d'un roman, d'une histoire, bref d'un plot... Sans plot devices on aurait vite fait de tomber dans un plot hole. Et ça, c'est ce qui peut arriver de pire à un auteur de plot !

Là où ça devient rigolo, c'est que les plot professionnals anglo-saxons, toujours pragmmatiques, ont mis au point une véritable taxinomie des plot devices. Il y a le cliffanger, qui laisse le héros en mauvaise posture à la fin de l'épisode, le déjà célèbre McGuffin, les plot coupons, qu'on récupère un par un pour pouvoir reconstituer le cristal d'harmonie (Dark Crystal, Final Fantasy...), l'infodump, paquet d'info quon prend dans les dents d'entrée ( le déroulant de Star Wars ), le Red herring ( fausse piste ) ou le Chekov's Gun, qu'on n'a le droit d'introduire dans le décor qu'à la condition expresse que quelqu'un se dévoue pour l'utiliser ultérieurement...

Wikipedia : Plot device

26.2.06

072 - Effet Ken Burns

Ken Burns est sans doute le dernier arrivé dans le club très fermé des cinéastes ayant donné leur nom à une figure de style. Club tellement fermé, que je ne vois d'ailleurs que Lev Koulechov ( celui de l'effet de Koulechov ) comme autre membre. Dayton Taylor aurait pu y entrer aussi, pour l'effet de time freeze popularisé par Matrix mais pas de chance : c'est Bullet time que l'usage a retenu.

Pour en revenir à l'effet Ken Burns, il s'agit d'un enchaînement de mouvements de caméra très lents sur des images fixes, effet dont abuse par exemple le mode slideshow de iPhoto.

La seule différence, c'est que chez Ken Burns, ça a du sens...

Wikipedia : Ken Burns

21.2.06

071 - Cité tautologique

Expression utilisée par Alain Finkielkraut pour désigner l'environnement artificiel ( càd : composé d'artefacts ) qui est devenu, à la place de cette bonne vieille Nature, l'environnement dans lequel se déploie notre culture et notre existence...
DVD, CD-rom, GPS, SMS, CDI, TPE... (...) Ainsi parle, en efffet, l'homme qui n'évolue presque plus que dans son univers de signes. Comme l'écrit le philosophe Rüdiger Safranski : « La vie humaine devient tautologique quand elle ne rencontre plus que les traces de sa propre activité ». Et la cité tautologique n'a pas besoin, comme l'Etat totalitaire, de persécuter les poètes. Tout en leur consacrant des « Printemps » dans des espaces aménagés, elle frappe d'anachronisme la poésie elle-même.
La poésie a-t-elle besoin de la Nature ? Ou peut-elle se glisser à travers un réseau wi-fi protégé par une clé WPA pré-partagée exploitant un algorithme TKIP ?

Editions Ellipses : Nous autres, modernes - Alain Finkielkraut

15.12.05

070 - Agenda Setting

La théorie de l'agenda setting, formulée par Maxwell McCombs et Donald Shaw dans les années 1970 appartient à la grande famille des théories de la communication appliquées aux média de masse, dont le papa est Marshall McLuhan.

Alors, non : il ne s'agit pas d'aider les gens à être à l'heure ! Agenda setting doit être compris au sens d'établir des priorités. L'idée est que la hiérarchisation de l'information à laquelle se livrent les médias ( qu'est-ce qui doit occuper la première page ? Les titres du 20 h. ? Qu'est-ce qui mérite un entrefilet ? ) forme l'opinion publique plus que les contenus des médias eux-mêmes :
C'est cela l'effet le plus important de la communication de masse : sa capacité à hiérarchiser et à organiser mentalement le monde à notre place. Bref, si les médias de masse ne parviennent pas à nous dire quoi penser, mais ils réussissent étonamment bien à nous dire à quoi penser.
Amazon.fr : Setting the Agenda - The News Media and Public
( les premières pages sont accessibles en ligne )

8.12.05

069 - Univers de poche

Le concept d'Univers est un concept étroit et provincial, très « 20ème siècle. » Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Leonard Susskind, le père de la théorie des cordes.

Son argument se base sur le bon vieux principe anthropique : l'apparition de la vie sur Terre est peut-être improbable, mais sur toutes les planètes où ça n'est pas arrivé, il n'y a personne pour se poser la question !

La théorie des cordes pose un problème du même ordre : ses équations admettent tellement de solutions ( vraiment beaucoup : de l'ordre de 10^500 ! ) que l'apparition d'un Univers propice à l'apparition de la Vie semble une sorte d'aberrration... Sauf que dans les autres Univers, il n'y a personne pour se poser la question ! Selon Susskind, il n'y a pas un Univers mais une quantité d' Univers de poche dont les « les lois de la Natures » sont toutes différentes les unes des autres.

Edge: THE LANDSCAPE A Talk with Leonard Susskind

28.11.05

068 - Le marché comme dialogue

Signé par tout un tas de figures plus ou moins (re)connues de l'Internet & co, le Cluetrain Manifesto est fondé sur une proposition principale :
Les marchés sont des conversations.
De cette proposition d'allure innocente découlent des conséquences parfois imprévues qui opposent la logique "corporate" de l'entreprise à l'ancienne à celle des marchés ( et des clients ! ) interconnectés... Une rencontre qui met les entreprises face à leurs contradictions :
Les entreprises essayant de se positionner devraient avoir un positionnement.
Prises ensemble, les 95 propositions du manifeste définissent une sorte d'humanisme économique ( à moins qu'on préfère y voir un techno-angélisme de plus ). Ah ! Si tous les responsables de département marketing voulaient bien se donner la main pour écouter des évidences dans ce genre :
Nous sommes immunisés face à la publicité. Laissez tomber. Si vous voulez nous parler, dites-nous quelque chose. Et quelque chose d'intéressant, pour une fois.
The Cluetrain Manifesto en V.F : Le manifeste des evidences

14.9.05

067 - Web 2.0

Il y a 10 ans, le web amorçait un changement de paradigme dans l'univers des médias : on passait brusquement d'une logique de diffusion à une logique de consultation. Aujourd'hui, avec l'avènement des blogs, des wikis, et du social bookmarking, on franchit sans doute un nouveau pas.

Ce web nouveau, plus collaboratif, qui abolit la distinction entre producteurs et consommateurs de messages, est peut-être un changement aussi radical par rapport au web à l'ancienne, que ce dernier l'était par rapport aux mass-media traditionnels. C'est cette idée que la notion de Web 2.0, proposée par Dale Dougherty, véhicule : on est maintenant en train de passer d'une logique de consultation à une logique de transaction.

apophenia : Why Web2.0 Matters: Preparing for Glocalization

066 - OuRaPo

Un nouveau venu ( non-officiel ) dans la liste déjà longue des Ou-X-Po : l'OuRaPo ( Ouvroir de Radio Potentielle ) rejoint l'OuLiPo (littérature), l'OuTraPo (tragédie), l'OuMuPo (musique), l'OuBaPo (bande dessinéé), l'OuPeinPo (peinture), l' OuHisPo (histoire), l'OuMaPo (marionettes), l'OuLiPopo (littérature policière), l'Ou'InPo (informatique), l'OuCataPo (catastrophe), l'OuPyPo (PYgology), l'OuArchPot (architecture) et L'OuPolPot (politique), l'OuGraPo (grammaire) et l'OuMathPo (mathématique). Ouf !

ARTE radio.com : OuRaPo : C'est pas du tout ça l'éducation
Fatrazie : Ou-X-Po
Voir aussi : 040 - Pictée

6.9.05

065 - Google Purge

« Nos usagers veulent que le monde soit aussi simple, net et accessible que la homepage de Google, a déclaré Eric Schmidt, le PDG de Google, lors d'une conférence de presse. Bientôt ce sera le cas. »
Il fallait y penser ! Aujourd'hui, Google est parvenu à une telle omniprésence, que la seule solution pour augmenter encore la pertinence de son moteur d'indexation est de détruire l'information qui n'y figure pas.
« Dans une première phase, des employés de Google vont être chargés de détruire tout les matériaux copyrightés auxquels on ne peut pas accéder via Google. Grâce à Google Purge, vous n'aurez plus jamais à vous inquiéter de savoir si tel ou tel livre obscur a échappé à votre recherche, parce que le livre en question n'existera plus. Et la même chose sera bientôt valable pour les films, l'art et la musique. »
Et, au fait : oui, c'est un canular.

The Onion : Google Announces Plan To Destroy All Information It Can't Index