Qu'est-ce qui peut transformer un Français moyen, voire plutôt sympa, en un tortionnaire capable d'envoyer des décharges électriques de 450 volts à une victime innocente qui supplie qu'on la laisse partir ? C'est le passage du dit Français à un mode particulier que les psychologues ont baptisé état agentique.
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22.3.10
25.1.10
137 - Trans-parents
Comment expliquer l'impudeur des jeunes internautes qui étalent photos personnelles, listes d'« amis » et propos plus ou moins intimes sur les réseaux sociaux ? Jean-Marc Manach reformule la question ainsi :
Les ados - c'est pas nouveau ! - ont besoin d'échapper au regard des adultes. Les espaces interstitiels que leurs parents trouvaient encore dans le monde réel, dans les cafés, les squares ou les cinémas de l'ère rock'n'roll, les trans-parents y accèdent au travers des technologies de communication. Ils n'ont pas très peur de la NSA, mais ils préfèrent sans doute que leurs parents ne voient pas toutes leurs photos et ne lisent pas toute leur prose. Et pour peu qu'on ait des parents pas trop calés en ordinateur, lettres et prose sont finalement plus à l'abri sur Facebook que dans le tiroir de sa chambre !
(1) - InternetActu - Vie privée : le point de vue des “petits cons”
(2) - Josh Freed - Next up: Google Anatomy and Google Ogle
Et si, a contrario, ils ne faisaient qu'appliquer à l'internet ce que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la société ? (1)Et à l'appui de cette idée, il cite Josh Freed, éditorialiste à la Montreal Gazette qui, dans la lignée du transsexuel et de la trans-avant-garde, invente le trans-parent :
D'un côté, nous avons la "génération des parents", de l'autre, la "génération des transparents" : l’une cherche à protéger sa vie privée de manière quasi-obsessionnelle, l’autre sait à peine ce qu’est la “vie privée“.Et c'est vrai que la paranoïa de ma génération à moi quant à sa vie privée traîne avec elle un parfum de guerre froide... A l'exception de nos amis chinois, quel gouvernement a encore le temps et les moyens de surveiller nos petites opinions politiques ? La NSA a déjà bien du mal avec les islamistes radicaux, je ne suis pas sûr qu'elle traque très efficacement les sympathisants de Jean-Luc Mélenchon. Et puis il faut bien admettre que la place des propos subversifs dans les échanges électroniques entre ados est sans doute homéopathique...
La génération des transparents a passé toute sa vie sur scène, depuis que leurs embryons ont été filmés par une échographie alors qu’ils n’avaient que huit semaines… de gestation. Ils adorent partager leurs expériences avec la planète entière sur MySpace, Facebook ou Twitter et pour eux, Big Brother est un reality show. (2)
Generation Transparent loves publicity and spends its days on sites like Twitter, sending their friends brief "tweet" messages about what they're doing as they do it.En fait la seule véritable atteinte à sa vie privée qu'un ado a toutes les chances de ressentir en vrai, c'est celle de ses parents ! Et cette surveillance là n a rien de fantasmatique : elle est bien réelle et a sans doute plutôt tendance à se renforcer à notre époque sécuritaire et adepte du principe précaution... Il n'est qu'à voir la masse de discours développé autour du thème pédophilie et internet pour s'en faire une idée ! Ou bien de lire cette histoire hallucinante arrivée à Greensburg (Pennsylvanie) où 3 adolescentes sont jugées pour child pornography parce qu'elles ont envoyé des photos... d'elles à leurs petits amis ! Un coup à faire passer nos amis chinois pour de gentils amateurs...
- Hi. I'm out buying tofu (see attached photo). Where r u?
- Cool! I'm buying yogurt right down the aisle from u -- I'm in the photo u just took.
- Oh yeah! Cool -- Wave, wave. Kiss, Kiss. :-)
- OK, bye for now. Let's tweet again when we're at the cash. (2)
Les ados - c'est pas nouveau ! - ont besoin d'échapper au regard des adultes. Les espaces interstitiels que leurs parents trouvaient encore dans le monde réel, dans les cafés, les squares ou les cinémas de l'ère rock'n'roll, les trans-parents y accèdent au travers des technologies de communication. Ils n'ont pas très peur de la NSA, mais ils préfèrent sans doute que leurs parents ne voient pas toutes leurs photos et ne lisent pas toute leur prose. Et pour peu qu'on ait des parents pas trop calés en ordinateur, lettres et prose sont finalement plus à l'abri sur Facebook que dans le tiroir de sa chambre !
(1) - InternetActu - Vie privée : le point de vue des “petits cons”
(2) - Josh Freed - Next up: Google Anatomy and Google Ogle
19.10.09
135 - Technostalgie
Le MP3 vous écorchait-il atrocement les oreilles dans les années 2000, quel que soit le taux d'échantillonnage ? Étiez-vous du genre à insister, dans les années 80, sur l'évidente supériorité du 33 tours par rapport au disque compact, dont le son froid et « numérique » ne remplacerait jamais la richesse d'un bon microsillon ?
Si vous êtes assez âgé, vous avez sans doute juré aussi dans les années 60 que rien, jamais, ne remplacerait l'ampli à lampe... Eh bien , rassurez-vous : le mal dont vous soufrez est aujourd'hui dûment identifié, répertorié, et même baptisé : vous êtes technostalgique !
La technostalgie se définit comme une nostalgie appliquée à des formes technologiques obsolètes, perçues comme plus simples ou de qualité supérieure. (2) Tout ça, évidemment, n'est pas neuf. La technostalgie remonte sans doute à la plus haute antiquité. Je suis persuadé qu'au néolithique il se trouvait quelques chasseurs atrabilaires pour regretter le bon vieux gourdin en bois durci, tellement plus élégant (et tout aussi efficace, quand on sait s'en servir) que la hache en pierre des satanés gamins...Sweet, their fans call the sound that comes from the vacuum-tube stereo equipment of the 1960's: sweet, natural and warm....Now, two of the most famous names from the golden days of tubes, Marantz and McIntosh, have introduced exacting reproductions of equipment from 30 years ago...The reissues remind many aficionados of their own youth, the way 60's muscle cars remind their owners of happy adolescent days. Such enthusiasms combine technophilia with nostalgia, merging into a new compound — technostalgia. (1)
Moi-même, j'ai beau faire le malin, je commence à sentir poindre un très net sentiment technostalgique dans certains domaines. Par exemple je me souviens d'un temps où un ordinateur qu'on ramenait de chez le marchand n'était pas bourré d'antivirus à l'essai, d'offres d'abonnements promotionnels et de racketiciels en tous genres... D'un temps où double-cliquer sur l'icône d'un programme ouvrait bêtement le programme en question, plutôt qu'une fenêtre me signalant le caractère éminemment risqué de cet acte, dont la société Microsoft ne saurait être - par ailleurs - tenue pour responsable...
Que mon écran de télévision me suggère de m'abonner à Yahoo, pourquoi pas ? Même si le mot «écran» commence sans doute à perdre de sa pertinence... Mais je ressens déjà une pointe de technostalgie par anticipation à l'idée de ce dont sera capable le prochain ! Aura-t-il les mêmes goûts que moi en matière de cinéma ?
Je suis enchanté d'utiliser, en ce moment même, le correcteur orthographique de M. Google. Je suis moins sur d'avoir envie d'entamer avec lui un débat sur l'orthographe... Ou de devoir le convaincre de l'intérêt de cet article avant qu'il daigne le publier !
(1) Phil Patton - The New York Times, 18/09/97
(1) Word Spy - technostalgia
Voir aussi : 111 - Racketiciel
28.9.08
122 - Syndrome de la chambre d'hôte
Il y a 30 ans, les urbains qui décidaient de changer de vie partaient
fonder une communauté dans le Larzac. Aujourd'hui, lorsque leurs
descendants changent de vie, ils ouvrent une chambre d'hôte. D'après le magazine Sciences Humaines, qui y consacre un article dans son numero de mai 2008, la chambre d'hôte est devenue le fantasme de changement de vie n°1 des Français.
Il y aurait, donc, un syndrome de la chambre d'hôte.
Pourquoi cet engouement ? D'abord, parce que les Européens se désinvestissent des modèles classiques de la réussite à travers la famille et le travail ainsi que des grands idéaux collectifs comme la religion et la révolution, pour se tourner vers d'autres formes d'épanouissement personnel... Du coup, tout plaquer pour faire autre chose devient une tentation plus forte.
Signe des temps, on trouve en kiosque depuis mars 2008, un trimestriel intitulé Changer tout qui, loin de la gazette marxiste-léniniste qu'on pourrait imaginer, s'adresse plutôt au cadre supérieur qui rêve de se mettre au vert qu'au soudeur de chez Renault qui rêve du Grand Soir. Attention ! Ce qui est en jeu ici n'est pas un simple changement d'activité professionnelle, mais un choix bien plus essentiel, une véritable conversion identitaire. (2)
Et puis, autre facteur favorable au changement de vie : son allongement ! C'est certain qu'en mourant vers la soixantaine comme on faisait avant (et comme continuent de le faire, hélas, les 3/4 de l'humanité), on se pose moins de questions relatives à l'épanouissement personnel...
Changer de vie, donc, et changer pour moins de stress et plus d'épanouissement. Les Anglo-Saxons ont donné un nom à ce choix d'une vie plus simple et moins stressante : ils appellent ça downshifting.
Oui, mais vous allez me dire : pourquoi la chambre d'hôte ? On peut imaginer bien d'autres façons de changer de vie : partir vivre à Samarcande ou à Lons-le-Saulnier, changer de coiffure, se faire moine bouddhiste, maître-nageur ou maître SM... Devenir accro aux drogues dures ou aux légumes biologiques... Oui, pourquoi la chambre d'hôte ?
Il semble que la chambre d'hôte occupe une place unique au centre des 5 motivations préférées de nos contemporains candidats à la reconversion :
- se mettre au vert,
- se mettre à son compte,
- se consacrer aux autres,
- vivre sa passion, et
- partir loin. (1)
Quelle activité, sinon l’hébergement touristique, s'interroge fort justement Héloïse Lhérété dans le magazine Sciences Humaines, permet de conjuguer toutes ces motivations ?
(1) Sciences humaines.com : Changer de vie, le syndrome de la chambre d'hôte
(2) Claude Dubar, La Crise des identités, Puf, 2000.
fonder une communauté dans le Larzac. Aujourd'hui, lorsque leurs
descendants changent de vie, ils ouvrent une chambre d'hôte. D'après le magazine Sciences Humaines, qui y consacre un article dans son numero de mai 2008, la chambre d'hôte est devenue le fantasme de changement de vie n°1 des Français.
En vingt ans, leur nombre est passé de 4 500 à plus de 30 000, selon la direction du Tourisme du ministère de l’Emploi (...) et chaque année, 2 500 Français créent un
gîte rural, une aventure pourtant risquée. (1)
gîte rural, une aventure pourtant risquée. (1)
Il y aurait, donc, un syndrome de la chambre d'hôte.
Pourquoi cet engouement ? D'abord, parce que les Européens se désinvestissent des modèles classiques de la réussite à travers la famille et le travail ainsi que des grands idéaux collectifs comme la religion et la révolution, pour se tourner vers d'autres formes d'épanouissement personnel... Du coup, tout plaquer pour faire autre chose devient une tentation plus forte.
Signe des temps, on trouve en kiosque depuis mars 2008, un trimestriel intitulé Changer tout qui, loin de la gazette marxiste-léniniste qu'on pourrait imaginer, s'adresse plutôt au cadre supérieur qui rêve de se mettre au vert qu'au soudeur de chez Renault qui rêve du Grand Soir. Attention ! Ce qui est en jeu ici n'est pas un simple changement d'activité professionnelle, mais un choix bien plus essentiel, une véritable conversion identitaire. (2)
Et puis, autre facteur favorable au changement de vie : son allongement ! C'est certain qu'en mourant vers la soixantaine comme on faisait avant (et comme continuent de le faire, hélas, les 3/4 de l'humanité), on se pose moins de questions relatives à l'épanouissement personnel...
Changer de vie, donc, et changer pour moins de stress et plus d'épanouissement. Les Anglo-Saxons ont donné un nom à ce choix d'une vie plus simple et moins stressante : ils appellent ça downshifting.
Oui, mais vous allez me dire : pourquoi la chambre d'hôte ? On peut imaginer bien d'autres façons de changer de vie : partir vivre à Samarcande ou à Lons-le-Saulnier, changer de coiffure, se faire moine bouddhiste, maître-nageur ou maître SM... Devenir accro aux drogues dures ou aux légumes biologiques... Oui, pourquoi la chambre d'hôte ?
Il semble que la chambre d'hôte occupe une place unique au centre des 5 motivations préférées de nos contemporains candidats à la reconversion :
- se mettre au vert,
- se mettre à son compte,
- se consacrer aux autres,
- vivre sa passion, et
- partir loin. (1)
Quelle activité, sinon l’hébergement touristique, s'interroge fort justement Héloïse Lhérété dans le magazine Sciences Humaines, permet de conjuguer toutes ces motivations ?
(1) Sciences humaines.com : Changer de vie, le syndrome de la chambre d'hôte
(2) Claude Dubar, La Crise des identités, Puf, 2000.
10.1.08
120 - Décivilisation
Décivilisation. C'est le mot qui est tombé du poste de radio ce matin, vers 8h30 quelques instants après que j'eus pressé le petit bouton noir. Ca donnait ça :
Le concept de civilisation est apparu avec les lumières. Il traduit une certaine confiance dans le temps. C'est un concept dynamique, un même mouvement d'adoucissement des mœurs, d'éducation des esprits, de culture des arts et des sciences, d'essor du commerce et de l'industrie... Or il me semble qu'aujourd'hui cet ordre du temps se disloque. Nous ne vivons pas une crise de civilisation, nous sommes engagés dans un processus de décivilisation. (1)
C'était Alain Finkielkraut, bien sûr. Répondant - à côté - à une question de Nicolas Demorange sur la politique de civilisation sarkozo-morinesque... Invité à définir cette mystérieuse décivilisation, Finkielkraut se contentait bizarrement (lui qui défend si férocement le sens et la valeur des mots) d'en relever 3 symptômes piochés dans l'actualité :
- les incivilités à Villiers-le-Bel
- l'esclandre de Bartabas à la DRAC
- les plaisanteries des invités de Thierry Ardisson sur la mort du cardinal Lustiger
Légèrement déconcerté par cette « définition » assez feignante, j'ai reconcentré mon attention défaillante sur mes tartines, tandis que Finkielkraut s'emballait sur la société post-culturelle, le surgissement compulsif des passions basses, et autres sympathiques réjouissances... Mon intérêt s'est réveillé en entendant citer une tribune de Jean François Kahn qui m'avait laissé, moi aussi, comme deux ronds de flan : il y était question de sauver la presse quotidienne et recourant vaillamment à la réduction du vocabulaire, au lissage de la syntaxe, et à l'abandon de toute référence culturelle ou historique :
Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d’une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c’est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S’il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons. (2)
Au moment où Finkielkraut concluait sur la gauche qui n'est pas à même de diagnostiquer la décivilisation, c'est à dire le désastre, parce qu'elle a épousé le désastre, je n'étais plus trop sur de comprendre ce dont à quoi il s'agissait, sinon que ça avait à voir avec les écrans, la zapette, le recul de la lecture, les mobylettes et la défaite de la pensée... J'ai donc fait ce que tout le monde (sauf Alain) aurait fait à ma place : j'ai cherché dans Google. Et là, j'ai découvert deux choses :
- Si j'ai plutôt de la sympathie pour le cas Finkielkraut, je n'en ai pas du tout (mais alors pas du tout) pour les divers spécimens qui se réclament de lui.
- La décivilisation est le titre d'un livre de 1974 par l'ethnologue Robert Jaulin. Et là, on se rend compte très vite que la décivilisation à l'ancienne, celle de Robert n'a vraiment rien à voir avec celle d'Alain. Ce serait plutôt à peu près le contraire :
La civilisation occidentale ne supporte pas les autres civilisations - ce qui prouve bien qu’elle n’est pas une civilisation mais une décivilisation. (...) L’Occident ne supporte pas autrui, ce ne sont point les autres qui ne supportent pas l’Occident. Hélas, les autres supportent trop l’Occident, c’est là une qualité, un souci de comptabilité au terme desquels ils ont été détruits. C’est parce que les autres civilisations vivaient en fonction d’un pluriel de l’homme, d’une comptabilité, du respect des différences que cette notion de pluriel exprime, qu’ils ne se sont pas suffisamment méfiés de l’Occident, et l’ont pris pour une civilisation, alors qu’il s’agit simplement d’un système de dé-civilisation, de destruction des civilisations. (3)
Tout ça ne m'aidait pas beaucoup. Où était vraiment la civilisation ? Côté rationnalité grecque, ou sagesse de l'Orient ? Homme universel ou pluriel de l'homme ? Quel camp choisir ? Pour faire plaisir à Alain, j'ai lâché Google et j'ai ouvert un livre, un vrai, en papier et tout... L'un de mes livres de chevet, pour tout dire. Presque aussitôt, je suis tombé sur ça :
La civilisation ne cesse de s'effondrer sous l'énergique poussée des hommes. Il leur en vient une grande ivresse, comme aux gens qui cassent la vaisselle. Ce sont des choses qui se font dans l'enthousiasme. C'est la fête, c'est la bamboula.
On brise tout parce qu'on veut faire neuf. On a donc l'illusion de pouvoir tout remplacer. Mais ce n'est pas vrai pour cent raisons. Ne fût-ce que pour celle-ci, qu'avec de la vitesse on fait tout, sauf de la lenteur. (...) On a perdu le génie du lent : pour prendre un exemple entre mille, la poubelle à pédale ne remplace pas le vélo. Je connais bien la question, ma belle-fille en a une. J'ai essayé, c'est très décevant. (4)
Et c'est ainsi qu'Allah est grand, non ?
Voir aussi : 071 - Cité tautologique - 108 - Panique morale
Voir aussi : 071 - Cité tautologique - 108 - Panique morale
(1) Alain Finkielkraut - France-Inter le 10/01/08
(2) Jean-François Khan - Le Monde - 6/01/07
(3) R. Jaulin - La décivilisation, cité par Homnisphères
(4) Alexandre Vialatte - Chroniques de la montagne - N°481 : Où nous allons
8.1.07
100 - Droit opposable
Un droit opposable est un droit qui permet à tout citoyen de faire condamner par la justice toute autorité publique qui ne le respecterait pas. On est clairement dans le registre de la tautologie : un droit opposable est un droit qui est vraiment un droit. C'est un peu l'équivalent d'une vraie bonne idée. Non seulement c'est un droit, mais en plus c'est un droit. C'est l'Etat qui nous dit : « Juré, craché, si je mens, j'vais en enfer ! »
Déjà présent dans les programmes de Laurent Fabius (1) et de Nicolas Sarkozy, le droit opposable au logement devrait être inscrit dans la loi française le 17 janvier et concerner toutes les personnes logées dans des habitations insalubres ou indignes... dès 2012 !
Bref, les problèmes vraiment dramatiques que rencontrent 85000 SDF et 4 millions de mal logés (2), c'est de l'histoire ancienne. Enfin, plus exactement, ce sera de l'histoire ancienne en 2012. A cette date les SDF n'auront plus qu'à se trouver un bon avocat pour avoir un toit. La France sera enfin un endroit sympa et solidaire où qu'il fera bon vivre... Au petit jeu des promesses, Nicolas Sarkozy avait déjà fait mieux avant de se faire griller la politesse : 0 ZDF en 2009 ! C'est drôle comme le paradis des politiques est toujours quelquepart après la prochaine élection...
Concrètement ça se passe comment ? Qui a droit à quoi ? L'avant-projet de loi, qui a fuité sur Internet, n'apporte guère de réponses... (2) En attendant, Eric Le Boucher a proposé dans le Monde un autre droit opposable qui semble, dans le contexte actuel, franchement utopiste :
(1) Laurent Fabius : Nous devons faire du droit au logement un droit opposable
(2) Frédéric Rollin : droit au logement opposable : des chiffres au droit
(3) Le droit au sérieux opposable, par Eric Le Boucher
Déjà présent dans les programmes de Laurent Fabius (1) et de Nicolas Sarkozy, le droit opposable au logement devrait être inscrit dans la loi française le 17 janvier et concerner toutes les personnes logées dans des habitations insalubres ou indignes... dès 2012 !
Bref, les problèmes vraiment dramatiques que rencontrent 85000 SDF et 4 millions de mal logés (2), c'est de l'histoire ancienne. Enfin, plus exactement, ce sera de l'histoire ancienne en 2012. A cette date les SDF n'auront plus qu'à se trouver un bon avocat pour avoir un toit. La France sera enfin un endroit sympa et solidaire où qu'il fera bon vivre... Au petit jeu des promesses, Nicolas Sarkozy avait déjà fait mieux avant de se faire griller la politesse : 0 ZDF en 2009 ! C'est drôle comme le paradis des politiques est toujours quelquepart après la prochaine élection...
Concrètement ça se passe comment ? Qui a droit à quoi ? L'avant-projet de loi, qui a fuité sur Internet, n'apporte guère de réponses... (2) En attendant, Eric Le Boucher a proposé dans le Monde un autre droit opposable qui semble, dans le contexte actuel, franchement utopiste :
Que la France du logement social soit en échec, voilà qui est avéré. L'abbé Pierre aura beau y avoir consacré sa vie, il y a cinquante ans que cela dure. Le problème de fond aujourd'hui est que la France manque de 600 000 logements. (...) Mais M. Chirac n'a pas le temps d'attendre. Son gouvernement propose à la va-vite un système typiquement français : un droit (un de plus donc) si complexe que personne ne voit vraiment comment il va s'appliquer et qui, en tout état de cause, n'entrera pas en vigueur avant... plusieurs années.
Si on peut formuler un voeu en ce début d'année, c'est que l'élection mette un terme final à ce chiraquisme compassionnel. S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui de sérieux. (3)
(1) Laurent Fabius : Nous devons faire du droit au logement un droit opposable
(2) Frédéric Rollin : droit au logement opposable : des chiffres au droit
(3) Le droit au sérieux opposable, par Eric Le Boucher
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