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16.10.12

174 - Effet Flanby

L'effet Flanby est une sorte de variation antithétique de l'effet Streisand baptisé ainsi par Benjamin Bayart. 
Bon, on on va reprendre par le début : l'effet Streisand. En 2003, Barbara Streisand intente un procès à un site de photographie qui montre, parmi quelques milliers d'autres, images de la côte californienne, une photographie aérienne de sa maison de Malibu intitulée "Image 3850".

28.6.11

166 - Quantification de soi

Lu l'autre jour un article du Monde sur la conférence Quantified Self qui se tenait les 28 et 29 mai à Mountain View, Californie. La quantification de soi, c'est quoi ? C'est la capture, l'analyse et le partage de ses données personnelles. 

Qui n'a jamais eu envie de savoir combien il faisait de pas par jour ? Combien il achetait de cigarettes par mois ? Combien de nouveaux contacts il avait rencontré dans l'année écoulée ? Combien de personnes avaient parcouru la dernière note de son blog, celle sur la conjecture de Zahavi ? Tout ça -et bien plus- n'est plus seulement possible, c'est devenu facile grâce à la multiplication des capteurs et des infrastructures de données.

1.2.10

138 - Appareil apatride

Il y a un gros mot dans la présentation video qu'oncle Google a mis en ligne à propos de son futur système d'exploitation. Il s'excuse aussitôt de l'avoir employé, certes, mais quand même : il est là.
If everything is stored on the internet, then your phone, your computer, all of these devices, are what people call "stateless". Which is kind of a big word, so maybe just remember this : Chrome is a totally rethought web brower, but Chrome OS is a totally rethought computer that let you stop worrying about your computer so you can focus on the internet. (1)
Amusant comme l'oncle Google prend d'abord le risque de parler à ses clients comme à des adultes... avant de battre en retraite sur l'air de Don't worry, be happy ! Officiellement, stateless se traduit apatride. Si c'est un gros mot pour oncle Google, ce n'est pas tant à cause de l'identité nationale que parce qu'il renvoie à des idées profondément enfouies au sein même de techniques informatiques qui nous semblent neutres... Mais n'ayons pas peur des gros mots ! 
Stateful and stateless are adjectives that describe whether a computer or computer program is designed to note and remember one or more preceding events in a given sequence of interactions with a user, another computer or program, a device, or other outside element. Stateful means the computer or program keeps track of the state of interaction, usually by setting values in a storage field designated for that purpose. Stateless means there is no record of previous interactions and each interaction request has to be handled based entirely on information that comes with it. (2)
Bon. Vous êtes chez vous en train d'écrire un texte sur le dinateur. Vous manipulez un fichier informatique avec l'aide d'un système complètement stateful. L'ensemble constitué par le dinateur et le programme sait des tas de choses : d'abord que vous avez le droit de modifier le fichier, que quand vous tapez un "a", il est de bon ton d'ajouter un "a" à la position (auparavant mémorisée) du curseur, que "dinateur" n'est pas français, etc... Bref, toute l'intelligence est du côté de l'appareil. Les données constituent une matière brute, évidemment sans mémoire, qui ne fait sens que grâce au contexte fourni par l'appareil. C'est tellement évident que ça semble tomber sous le sens : d'un côté l'ordinateur (stateful device), de l'autre les données brutes et bêtes (stateless data).

Mais cette dichotomie s'applique aussi au niveau supérieur : internet est construit sur un mélange de protocoles stateful et stateless. Le FTP, par exemple, est stateful. C'est à dire qu'il fonctionne comme une conversation téléphonique entre un serveur et un client : le serveur répond à chaque requête en fonction de l'identité du client et du contenu passé de la conversation. Le HTTP du web, par contre, est stateless, c'est à dire qu'il ne veut pas savoir qui vous êtes ni ce que vous avez dit avant : HTTP est un malade d'Alzheimer et traite chaque requête comme un commencement absolu. Comme si vous deviez rappeler votre nom au début de chaque phrase pour avoir une conversation un peu suivie...

Maintenant, imaginez une machine qui ne puisse communiquer avec des données qu'à travers un protocole de type HTTP... Ah ! Voilà donc notre stateless device... Qu'en faire ? Qu'est-ce que ça change ? D'un côté, on serait tenté de répondre : pas grand chose. On continue de faire les mêmes choses, à part que les données sont « sur Internet » au lieu d'être « sur la machine ».  Finies les données perdues ou inaccessibles parce qu'elles ne sont pas sur le bon ordinateur ! D'ailleurs, moi qui vous parle, j'utilise Google docs à peu près tous les jours...

Mais est-ce que le changement est aussi transparent qu'il en a l'air ? Pas sûr. Car si je peux accéder à mes données au travers d'un appareil sans état, d'un « appareil apatride », c'est bien parce que le document, lui, a changé de statut : il n'est plus apatride mais citoyen du monde ! Il existe potentiellement au vu et au su de tous, et possède - potentiellement, toujours - une histoire écrite, comme un article de wikipedia. Au lieu de manipuler des données brutes dans le temps d'un processus créatif intime, l'auteur externalise cette  conversation avec lui-même, et s'inscrit dans un processus où il n'est plus seul maître à bord. Vis à vis du texte, il passe du statut de propriétaire à celui, plus pratique et plus soft, de détenteur d'un droit d'accès... Droit qu'il peut d'ailleurs partager avec qui bon lui semble !

Cette liberté nouvelle se paye. Car que devient le petit bout de texte d'autrefois, écrit à mon seul usage, et que je pouvais annihiler d'un clic ? Où est passée cette extension de cerveau que je pouvais poser là, et replier à volonté ? Et que devient la possibilité de disparaître ? De tout brûler, comme Kafka a voulu le faire ?  Effacer complètement le moindre bout de texte est devenu un exercice où il n'est plus besoin d'être Kafka pour échouer... La plus piteuse idée a aujourd'hui toutes les chances de survivre à son auteur !

Et chaque mauvaise idée, chaque remords, chaque hésitation devient virtuellement aussi facile d'accès que l'état final du document... D'ailleurs la notion d'état final a-t-elle encore un sens quand la rectification est aussi facile et aussi immédiate ? Du temps du papier, l'imprimeur forçait à arrêter un état du texte. Du temps de l'informatique, il restait des numéros de version correspondant à l'envoi d'un texte qui allait être recopié ailleurs, sur un autre appareil, et ne plus changer. Mais si je donne un lien vers un document en ligne ?

Le terme même de « document » devient quelque peu discutable... Et que dire de l'auteur face à ce document survitaminé, qui commence à lui échapper ?  Faudra-t-il-il parler d'auteur apatride ?


(1)  What is Google Chrome OS ?
(2) Whatis?com  - Stateless

23.3.07

111 - Racketiciel

Dans la longue série des francisations plus ou moins réussies et plus ou moins utiles (gratuiciel, partagiciel, & co) voilà que pour une fois la VF précède la VO (qui du coup n'est plus O!). C'est l'AFUL (1) qui signe cette innovation, avec le lancement, en novembre dernier, d'une pétition intitulée Non aux racketiciels !

Qu'est-ce qu'un racketiciel ? C'est l'un des nombreux logiciels préinstallés sur l'ordinateur neuf que vous venez d'acheter : le premier d'entre eux est évidemment Windows, mais il y en a en général une foultitude d'autres : logiciels de gravure, antivirus, logiciels graphiques et/ou multimédia plus ou moins utiles... Alors, je vous entends d'ici : où est le problème, puisqu'ils sont gratuits ?

En fait, il y a deux cas de figure :

1 - les versions d'essai, bridées ou light de différents "grands" softs de chez Adobe, Roxio ou Microsoft... Utiliser ces programmes est généralement pénible, car ils vous font payer le fait d'utiliser une version "gratuite" ou "light" en vous rappelant régulièrement tous les avantages du produit payant. Les désinstaller est souvent un vrai parcours du combattant !

2 - les racketiciels, qui ne sont gratuits qu'en apparence. Windows n'est évidemment pas gratuit, et les logiciels utilisables qui l'accompagnent non plus. Si vous voulez utiliser d'autres programmes ou un autre système d'exploitation, le fait d'être obligés d'acheter ces logiciels préinstallés s'apparente à du racket. D'où le terme racketiciels.

Si l'omniprésence de Windows préinstallé sur les PC vendus aux particuliers insupporte les défenseurs du logiciel libre, elle pose en plus un problème de droit. Ainsi que le rappelle le texte de la pétition de l'AFUL :
La vente conjointe et indissociable du matériel (qui est un bien dont on devient propriétaire) et des licences logicielles (qui sont un service dont on acquiert un simple droit d'usage) constitue une vente liée, qui est donc illégale (voir les articles pertinents du Code de la Consommation) (2)
Bizarrement, Steve Jobs, ce défenseur sourcillieux des droits du consommateur face aux abus des maisons de disques (3), ne s'est pas encore exprimé sur la question...

(1) Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres
(2) pétition "Non aux racketiciels"
(3) Steve Jobs : Thoughts on Music

7.2.07

105 - Livre à la découpe

Quand on achète de la musique sur Internet au lieu de la choisir dans les bacs d'un disquaire, l'objet « album » perd beaucoup de sa pertinence : pourquoi acheter 12 morceaux d'un coup, s'il y en a un seul que j'aime ? Ca semble imparable. Mais le même raisonnement doit-il s'appliquer au livre ? Le débat existe depuis l'annonce par Amazon de Amazon Pages, un programme qui permettra aux clients d'Amazon d'acheter des livres à la découpe : c'est à dire de payer non plus pour un livre entier mais pour les pages qui les intéressent à l'intérieur d'un livre. (1)

Pour les défenseurs de l'objet livre, le droit moral de l'auteur s'oppose à un tel saucissonnage. Sans vouloir défendre la Charcuterie contre la Littérature, je tiens à faire remarquer que l'enjeu de l'affaire est purement économique, puisque le saucissonnage fait déjà partie – heureusement – des droits imprescriptibles du lecteur. A ce sujet, je vous recommande chaudement le livre de Pierre Bayard : Comment parler des livres qu'on n'a pas lus (2), qui établit une véritable taxinomie des livres non-lus, en fonction de leur degré de non-lecture ( LP=livres parcourus, EP=livres dont on a entendu parler, LO=livres oubliés, etc... ) et de la valeur qu'on leur attribue (de -- à ++ ), la non-lecture d'un ouvrage n'empêchant évidemment pas d'avoir un avis précis quant à sa valeur.

Il va de soi que je n'ai pas vraiment lu le livre de Pierre Bayard - ç'aurait été une abominable faute de goût. Je n'ai pas non plus lu d'extraits sur Internet : y en a pas. Non, je l'ai parcouru à l'ancienne, debout dans les rayons de la FNAC, ce qui m'a permis de savourer quelques phrases particulièrement cocasses de Gide sur Proust, qu'il n'a pas lu mais tient en grande estime, et d'attribuer à l'ouvrage la mention LP+ : livre parcouru, avec opinion favorable.

Comme quoi les nouvelles technologies, décidément, ne changent pas grand chose !

(1) affordance.info: Livre à la découpe.
(2) Fnac.com : Comment parler des livres qu'on n'a pas lus, Pierre Bayard

19.1.07

102 - Art logiciel

Qu'est-ce que c'est que l'art logiciel ? Euh... Si on voyait d'abord ce que ça n'est pas ? Une œuvre d'art logiciel n'est pas, donc, une œuvre fabriquée avec un logiciel ou un ordinateur. Ce n'est pas une œuvre qui utilise des moyens logiciels, c'est même plutôt l'inverse : c'est un logiciel écrit dans une perspective artistique. Mais encore ?
Une œuvre d'art logicielle est, d'abord et avant tout, un logiciel créé dans un but différent des logiciels pragmatiques traditionnels. Il ne faut pas le considérer comme un outil pour la production et la manipulation d'objets digitaux - tels que des comptes en banque ou des œuvres d'art - mais comme une œuvre à part entière. (1)
Ce qui différencie les promoteurs de l'art logiciel de la foultitude  d' « artistes multimédia » dont on voit les installations au Siggraph, c'est l'accent mis sur le code comme véritable moyen d'expression, riche, et non réductible à une fonction.
On a toujours vu le logiciel comme un outil neutre,  un medium transparent  traitant de l'information. (...) On a toujours considéré qu'un logiciel et que les objets créés avec son aide appartenaient à des registres différents, qu'ils n'étaient même pas comparables. Dans la plupart de cas, on considère le logiciel comme étant 100% interchangeable avec un produit concurrent, sans aucun effet sur le résultat. Une telle approche repose sur des prémices stéréotypées et inexactes. (1)
Pour ses promoteurs, l'art logiciel répond à une nécessité à la fois artistique et politique. Tout logiciel définit un cadre, des règles, un rapport au monde, auquel il est bien difficile d'échapper... A moins de réécrire le logiciel.

Concrètement qu'est-ce que ça donne ? De tout. De l'ASCII Art, de la poésie logicielle ( William Blake adapté en langage Perl ! ), de vieux jeux Sinclair ZX rebricolés artistiquement, des programmes génératifs qui « créent » des images et des sons, un Game of Life à deux joueurs, des parodies de programmes commerciaux et de sites web, et même un programme qui s'efface lui même dès qu'on le lance... Tout ça est bien sûr disponible en ligne, notamment chez runme.org. Et le premier qui demande à quoi ça sert va au coin avec le bonnet d'âne !

(1) Read-me festival 1.2

Voir aussi :
041 - Obfuscated Code
027 - Algorisme