7.12.06

096 - Pop'philosophie

A ne pas confondre avec la pensée de John Lennon, la pop'philosophie est une création de Gilles Deleuze. Décrite comme une philosophie impure qui s'empare d'objets inhabituels et a priori illégitimes (série B, écrivains beatnicks…), elle rejette l'interprétation au profit de la construction de concepts qu'on a même le droit d'essayer avant d'acheter  !
Du point de vue d'une philosophie « pop » (non seulement populaire, mais contemporaine de la musique pop et du pop art), il n'y a plus « aucune question de difficulté ni de compréhension », mais seulement un rapport de convenance. C'est G. Deleuze qui le dit dans ses Pourparlers (1990). Sous cet aspect, la philosophie ne diffère pas de la musique ou de la peinture : les concepts doivent être essayés, ce sont « des intensités qui vous conviennent ou non, qui passent ou ne passent pas ». (1)
C'est de la pop'philosophie que se réclament Elie During et Patrice Maniglier, auteurs du (in)fameux Matrix, machine philosophique. Ou, plus exactement, ils revendiquent une variante de leur cru dite technophilosophie :
 Dans le terme « techno », il faut aussi entendre l’idée d’une philosophie d’ambiance, au sens où on parle de techno « ambient ». Une philosophie d’ambiance, c’est d’abord une philosophie qui travaille à partir de trames (...), une philosophie qui fait fond sur quelque chose qui est dans l’air, un engouement, des thèmes, un décor d’époque. (2)
Philosopher autour de Matrix, déjà, fallait oser. Mais parler de techno et d'air du temps ; coller des anglicismes partout et avoir le culot de se prétendre philosophes ! Autant dire que ça n'a pas enthousiasmé certains collègues, pour qui la pop'philosophie ne répond à aucune nécessité puisque c’est un concept creux aux dents creuses, un concept marketing pour marketeux. (3) Autrement dit : circulez, y a rien à voir !

(1) Sciences humaines n.sp°3 : Élie During - La pop'philosophie
(2) Fresh théorie : Entretien avec Élie During et Patrice Maniglier
(3) Critique, et critique de la critique - Fresh théorie - III

3 commentaires:

Joël a dit…

Premièrement le lien (3) ne marche pas.

Ensuite n'importe quel pataphysicien un peu versé dans l'ouphipo te dira que l'on peut ouvrir l'ouvroir PHI avec n'importe quoi donc pourquoi pas avec Matrix. Sachant que Neuromancer qui inspira Matrix est considéré comme le roman fondateur du mouvement Cyberpunk on comprendra aisément que Matrix puisse devenir une machine philosophique.

Si l'on ajoute que : si pas de Philosophie > pas de question > pas d' être > pas de néant > pas de refus > pas de peut-être... alors on comprend qu'on ne peut pas courir le risque de laisser l’être dans son état illettré et analpha-bête

Tout change sans cesse disait déjà Héraclité d'Ephèse, ce à quoi Hegel répliquait que l' Être et le Néant n'ont leur Réalité que dans le Devenir on comprend facilement que la Voyance est la dernière étape avant la Lumière incrée de l'Être total, juste avant l'Omniscience immédiate du Grand Tout.

PS: il faut absolument que je loue Matrix un de ces jour pour me rendre compte.

dvanw a dit…

Lien réparé, merci !

Quant à savoir si Matrix est un objet légitime pour y philosopher dessus, le moins qu'on puisse dire, c'est que les avis sont partagés...

Moi j'aurais tendance à répondre oui, mais le lien (3) n'est franchement d'accord, et il n'est pas le seul. Ah oui, et puis j'ajoute que même dans l'esprit des auteurs de "Matrix machine", il s'agit de "penser à partir de", pas de faire l'exégèse de la pensée Matrix, ce qui pour le coup, serait se foutre un peu du monde...

Alec a dit…

Cher Denis,

J'ai taxinommer votre ouvroir de périphrase étrange. Content de cette serendipité.

Il y aurait plein de choses à dire sur la pop'philosophie, un bon piège à crabes en fait :)))

Bonne chance pour votre documentaire.

Avec Euphasie.

Alec (1)

(1) pour Anthony Le Cazals, c'était trop marrant