10.10.08

123 - Skywriting

Skywriting, écrire dans le ciel... Jolie métaphore pour cet exercice d'écriture auquel je suis en train de me livrer, là, tout de suite. Un exercice à la fois privé (dans son mode de production) et massivement public, au moins virtuellement, dans sa diffusion... Eh oui, le nombre de lecteurs (potentiels, certes) avoisine maintenant le milliard et demi !

Je sais pas vous, mais moi ces histoires de cloud computing, je n'ai jamais trouvé ça très engageant. D'un point de vue météorologique, j'entends : cloud computing me donne plutôt envie de rester au coin du feu.

Skywriting
, c'est autrement plus exaltant... D'autant qu'il suffit d'y googler un oeil pour découvrir que le sens véritable du skywriting, j'entends le sens googlesque, évoque une pratique dont le nuage est, précisément, l'ennemi absolu.

Bon, je ne retrouve plus où j'ai croisé initialement l'expression, mais c'était sans doute sur le web vu que ça pointait vers le texte contenant la première occurrence repérée du skywriting en question... Un texte de Stevan Harnad, un cogniticien de Princeton, qui raconte comment son penchant épistolaire, considéré par ses pairs comme un total anachronisme, avait trouvé une incarnation nouvelle au travers du mail puis du dit skywriting.
And then I discovered sky-writing -- a new medium that has since made my e-mailing seem as remote and obsolete as illuminated manuscripts. (...) The transformation was complete. The radically new medium seemed to me a worthy successor in that series of revolutions in the advancement of ideas that began with the advent of speech, then writing, then print; and now, skywriting. (1)
Bon, l'histoire se finit mal puisque son enthousiasme se trouve brutalement refroidi ensuite par une avalanche de messages haineux déclenché par un troll de passage... Mais le plus intéressant dans l'histoire, c'est la date : ce texte, que Stevan Harnad avait envoyé au New York Times qui l'a refusé, date de 1987. 1987 !! Et il ne s'agissait pas de blogs, de forums, et encore moins de réseaux sociaux, mais de ce bon vieil Usenet dont seuls des quarantenaires endurcis peuvent encore se souvenir...

Tiens au fait je me pose une question : combien de temps l'expression nouvelles technologies va-t-elle encore survivre pour désigner des choses qui approchent le demi-siècle ?

(1) Stevan Harnad - Sky-Writing
voir aussi : 067 - Web 2.0

28.9.08

122 - Syndrome de la chambre d'hôte

Il y a 30 ans, les urbains qui décidaient de changer de vie partaient
fonder une communauté dans le Larzac. Aujourd'hui, lorsque leurs
descendants changent de vie, ils ouvrent une chambre d'hôte. D'après le magazine Sciences Humaines, qui y consacre un article dans son numero de mai 2008, la chambre d'hôte est devenue le fantasme de changement de vie n°1 des Français.

En vingt ans, leur nombre est passé de 4 500 à plus de 30 000, selon la direction du Tourisme du ministère de l’Emploi (...) et chaque année, 2 500 Français créent un
gîte rural, une aventure pourtant risquée.
(1)

Il y aurait, donc, un syndrome de la chambre d'hôte.

Pourquoi cet engouement ? D'abord, parce que les Européens se désinvestissent des modèles classiques de la réussite à travers la famille et le travail ainsi que des grands idéaux collectifs comme la religion et la révolution, pour se tourner vers d'autres formes d'épanouissement personnel... Du coup, tout plaquer pour faire autre chose devient une tentation plus forte.

Signe des temps, on trouve en kiosque depuis mars 2008, un trimestriel intitulé Changer tout qui, loin de la gazette marxiste-léniniste qu'on pourrait imaginer, s'adresse plutôt au cadre supérieur qui rêve de se mettre au vert qu'au soudeur de chez Renault qui rêve du Grand Soir. Attention ! Ce qui est en jeu ici n'est pas un simple changement d'activité professionnelle, mais un choix bien plus essentiel, une véritable conversion identitaire.  (2)

Et puis, autre facteur favorable au changement de vie : son allongement ! C'est certain qu'en mourant vers la soixantaine comme on faisait avant (et comme continuent de le faire, hélas, les 3/4 de l'humanité), on se pose moins de questions relatives à l'épanouissement personnel...

Changer de vie, donc, et changer pour moins de stress et plus d'épanouissement. Les Anglo-Saxons ont donné un nom à ce choix d'une vie plus simple et moins stressante : ils appellent ça downshifting.

Oui, mais vous allez me dire : pourquoi la chambre d'hôte ? On peut imaginer bien d'autres façons de changer de vie : partir vivre à Samarcande ou à Lons-le-Saulnier, changer de coiffure, se faire moine bouddhiste, maître-nageur ou maître SM... Devenir accro aux drogues dures ou aux légumes biologiques... Oui, pourquoi la chambre d'hôte ?

Il semble que la chambre d'hôte occupe une place unique au centre des 5 motivations préférées de nos contemporains candidats à la reconversion :

- se mettre au vert,
- se mettre à son compte,
- se consacrer aux autres,
- vivre sa passion, et
- partir loin. (1)


Quelle activité, sinon l’hébergement touristique, s'interroge fort justement Héloïse Lhérété dans le magazine Sciences Humaines, permet de conjuguer toutes ces motivations ?

(1) Sciences humaines.com : Changer de vie, le syndrome de la chambre d'hôte
(2) Claude Dubar, La Crise des identités, Puf, 2000.

6.2.08

121 - Interlude darwinien

Pour faire un interlude, il faut un espace borné avec un avant et un après. Interlude darwinien, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Précisons tout de suite que Freeman Dyson, qui développe ce thème dans un article pour le New Scientist, n'a rien d'un créationniste, et possède un CV qui empêche de le considérer complètement comme un doux dingue... Alors ?

L'avant que décrit Freeman Dyson est inspiré d'un article de Carl Woese : c'est une espèce d'âge d'or où les premiers micro-organismes auraient échangé librement leurs gènes sans qu'il existe de barrière entre les espèces (et par conséquent, sans qu'il existe non plus d'espèces distinctes). La vie ressemble alors à une communauté de cellules partageant un pool génétique commun. L'évolution est une communautaire.

Et puis voilà qu'un jour l'un de ces micro-organismes primitifs fait un progrès évolutif qu'il refuse de partager et parvient à garder pour lui. Ce micro-organisme c'est LUCA, l'ancêtre commun de toutes les créatures vivantes d'aujourd'hui. Mais pour Freeman Dyson, LUCA n'est pas le vénérable ancêtre de la vision darwinienne classique... C'est un égoïste qui anticipe Bill Gates de 3 milliards d'années en inventant la propriété intellectuelle. C'est à partir de cette invention que commence l'interlude darwinien, un modèle d'évolution où les gènes évoluent séparément au sein de chaque espèce, avec pas ou peu de transfert "horizontal". Bref, la bonne vieille évolution qu'on a apprise dans les livres de biologie. L'interlude en question va tout de même durer 2 ou 3 milliards d'années...

Voilà donc pour la première borne... Mais quid de la seconde ? Eh ben la seconde, c'est maintenant : le temps de la compétion darwinienne entre espèces s'est achevé par la victoire par KO d'homo sapiens, lorsque celui-ci a commencé à dominer et à réorganiser la biosphère selon ses propres besoins... La culture, invention humaine par excellence, a changé la règle du jeu.
Cultural evolution has replaced biological evolution as the main driving force of change. Cultural evolution is not Darwinian. Cultures spread by horizontal transfer of ideas more than by genetic inheritance. (1)
Chez n'importe quel penseur de ce côté-ci de l'Atlantique, cette constatation se ferait sur le mode tragique : dérèglement du rapport à la Nature, tentation démiurgique, aliénation du vivant et j'en passe... Mais Freeman Dyson est américain, et il envisage ce basculement radical sur le mode positif : la domination de l'homme sur le vivant n'est pas la source d'une nouvelle aliénation, mais bien un retour aux sources : celles du monde prédarwinien où le transfert horizontal de gènes était la règle...

And now, as Homo sapiens domesticates the new biotechnology, we are reviving the ancient pre-Darwinian practice of horizontal gene transfer, moving genes easily from microbes to plants and animals, blurring the boundaries between species. We are moving rapidly into the post-Darwinian era, when species other than our own will no longer exist, and the rules of Open Source sharing will be extended from the exchange of software to the exchange of genes. Then the evolution of life will once again be communal, as it was in the good old days before separate species and intellectual property were invented. (1)

En gros, ce que nous annonce Freeman Dyson, ça n'est ni plus ni moins que la disparition de la Nature... Incident que, personnellement, j'ai un peu de mal à envisager ausssi sereinement, mais après tout pourquoi pas ? Ne soyons pas bêtement réactionnaire. La question que, tout de même, on ne peut s'empêcher de poser, c'est : qu'est-ce qu'on met à la place ? N'oublions pas d'y réfléchir un peu avant de remplacer cette bonne vieille sélection naturelle par chouette bande de généticiens barbus adeptes de Linux !

Voir aussi : 097 - biologie synthétique - 112 - Coévolution gène-culture

(1) The New York Review of Books : Our Biotech Future

10.1.08

120 - Décivilisation

Décivilisation. C'est le mot qui est tombé du poste de radio ce matin, vers 8h30 quelques instants après que j'eus pressé le petit bouton noir. Ca donnait ça :
Le concept de civilisation est apparu avec les lumières. Il traduit une certaine confiance dans le temps. C'est un concept dynamique, un même mouvement d'adoucissement des mœurs, d'éducation des esprits, de culture des arts et des sciences, d'essor du commerce et de l'industrie... Or il me semble qu'aujourd'hui cet ordre du temps se disloque. Nous ne vivons pas une crise de civilisation, nous sommes engagés dans un processus de décivilisation. (1)
C'était Alain Finkielkraut, bien sûr. Répondant - à côté - à une question de Nicolas Demorange sur la politique de civilisation sarkozo-morinesque... Invité à définir cette mystérieuse décivilisation, Finkielkraut se contentait bizarrement (lui qui défend si férocement le sens et la valeur des mots) d'en relever 3 symptômes piochés dans l'actualité :
  • les incivilités à Villiers-le-Bel
  • l'esclandre de Bartabas à la DRAC
  • les plaisanteries des invités de Thierry Ardisson sur la mort du cardinal Lustiger
Légèrement déconcerté par cette « définition » assez feignante, j'ai reconcentré mon attention défaillante sur mes tartines, tandis que Finkielkraut s'emballait sur la société post-culturelle, le surgissement compulsif des passions basses, et autres sympathiques réjouissances... Mon intérêt s'est réveillé en entendant citer une tribune de Jean François Kahn qui m'avait laissé, moi aussi, comme deux ronds de flan : il y était question de sauver la presse quotidienne et recourant vaillamment à la réduction du vocabulaire, au lissage de la syntaxe, et à l'abandon de toute référence culturelle ou historique :
Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d’une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c’est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S’il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons. (2)
Au moment où Finkielkraut concluait sur la gauche qui n'est pas à même de diagnostiquer la décivilisation, c'est à dire le désastre, parce qu'elle a épousé le désastre, je n'étais plus trop sur de comprendre ce dont à quoi il s'agissait, sinon que ça avait à voir avec les écrans, la zapette, le recul de la lecture, les mobylettes et la défaite de la pensée... J'ai donc fait ce que tout le monde (sauf Alain) aurait fait à ma place : j'ai cherché dans Google. Et là, j'ai découvert deux choses :
  1. Si j'ai plutôt de la sympathie pour le cas Finkielkraut, je n'en ai pas du tout (mais alors pas du tout) pour les divers spécimens qui se réclament de lui.
  2. La décivilisation est le titre d'un livre de 1974 par l'ethnologue Robert Jaulin. Et là, on se rend compte très vite que la décivilisation à l'ancienne, celle de Robert n'a vraiment rien à voir avec celle d'Alain. Ce serait plutôt à peu près le contraire :
La civilisation occidentale ne supporte pas les autres civilisations - ce qui prouve bien qu’elle n’est pas une civilisation mais une décivilisation. (...) L’Occident ne supporte pas autrui, ce ne sont point les autres qui ne supportent pas l’Occident. Hélas, les autres supportent trop l’Occident, c’est là une qualité, un souci de comptabilité au terme desquels ils ont été détruits. C’est parce que les autres civilisations vivaient en fonction d’un pluriel de l’homme, d’une comptabilité, du respect des différences que cette notion de pluriel exprime, qu’ils ne se sont pas suffisamment méfiés de l’Occident, et l’ont pris pour une civilisation, alors qu’il s’agit simplement d’un système de dé-civilisation, de destruction des civilisations. (3)
Tout ça ne m'aidait pas beaucoup. Où était vraiment la civilisation ? Côté rationnalité grecque, ou sagesse de l'Orient ? Homme universel ou pluriel de l'homme ? Quel camp choisir ? Pour faire plaisir à Alain, j'ai lâché Google et j'ai ouvert un livre, un vrai, en papier et tout... L'un de mes livres de chevet, pour tout dire. Presque aussitôt, je suis tombé sur ça :
La civilisation ne cesse de s'effondrer sous l'énergique poussée des hommes. Il leur en vient une grande ivresse, comme aux gens qui cassent la vaisselle. Ce sont des choses qui se font dans l'enthousiasme. C'est la fête, c'est la bamboula.
On brise tout parce qu'on veut faire neuf. On a donc l'illusion de pouvoir tout remplacer. Mais ce n'est pas vrai pour cent raisons. Ne fût-ce que pour celle-ci, qu'avec de la vitesse on fait tout, sauf de la lenteur. (...) On a perdu le génie du lent : pour prendre un exemple entre mille, la poubelle à pédale ne remplace pas le vélo. Je connais bien la question, ma belle-fille en a une. J'ai essayé, c'est très décevant.
(4)
Et c'est ainsi qu'Allah est grand, non ?
Voir aussi : 071 - Cité tautologique - 108 - Panique morale

(1) Alain Finkielkraut - France-Inter le 10/01/08
(2) Jean-François Khan - Le Monde - 6/01/07
(3) R. Jaulin - La décivilisation, cité par Homnisphères
(4) Alexandre Vialatte - Chroniques de la montagne - N°481 : Où nous allons

23.12.07

119 - Facteur d'impact

Le facteur d'impact, c'est le PageRank des journaux scientifiques. Ca existait bien avant Google, et le principe -récursif- en est tout à fait similaire : le PageRank d'une page x dépend du nombre des autres pages où figure un lien vers la page x, et du PageRank de ces pages. Le facteur d'impact d'un journal y, c'est la même chose : il est fonction du nombre d'articles, parus dans d'autres journaux, qui citent les articles parus dans y, et du facteur d'impact de ces autres journaux. Le chiffre est calculé par la société Thomson Scientific, sur la base d'un dépouillement exhaustif de la presse scientifique.

Pour un site qui vit de la publicité, le PageRank est une affaire très très sérieuse, puisque la position sur les pages Google (et donc, une part conséquente du trafic) en dépend. Pour un chercheur c'est pareil : sa carrière dépend de ses articles, et du facteur d'impact des revues qui les publient...

Dans les deux cas, la méthode (pour PageRank : l'algorithme) est public. Mais dans les deux cas, ce sont des sociétés privées qui font le calcul (qui font leur cuisine, diront les sceptiques), et l'impartialité du résultat obtenu ne dépend que de leur bonne volonté. D'où les interminables discussions autour de la validité de PageRank et de l'arôme qui se dégage des cuisines de Google... Chez les chercheurs, tout le monde râle contre le "publish or perish" et les effets pervers de l'évaluation via les facteurs d'impact.

La semaine dernière, les responsables de 3 journaux édités par The Rockefeller University Press ont tout bêtement essayé de vérifier le calcul fait par Thomson Scientific,et le moins qu'on puisse dire, est que ça ne semble pas limpide. En résumé, la base de données, qui n'est pas en libre accès mais qui peut être achetée à Thomson Scientific, ne correspondait pas aux résultats publiés. Après réclamation, Thomson Scientific leur en a fourni une autre qui, selon eux, ressemblait à un bricolage ad'hoc, et qui ne correspondait toujours pas aux résultats publiés... D'où leur conclusion radicale : quand un scientifique est incapable de fournir les données censées soutenir un résultat, le résultat est invalidé.
It became clear that Thomson Scientific could not or (for some as yet unexplained reason) would not sell us the data used to calculate their published impact factor. If an author is unable to produce original data to verify a figure in one of our papers, we revoke the acceptance of the paper. We hope this account will convince some scientists and funding organizations to revoke their acceptance of impact factors as an accurate representation of the quality—or impact—of a paper published in a given journal. (1)
Bref, il serait peut-être temps d'instiller un peu de transparence dans le système. Comme dit Enro :
Que cette déficience de Thomson Scientific soit temporaire ou permanente, la question des données n'en reste pas moins cruciale. (...) Alors oui, un audit des données de Thomson Scientific ne serait pas de trop, voire une vraie tentative de construction d'une base et d'un indicateur concurrents. (2)
Au fait, quelqu'un connaît l'algorithme qu'utilise Médiamétrie pour calculer les parts de marché des chaînes de télévision ?


(1) The Journal of Cell Biology : Show me the data
(2) Enro : Facteur d'impact, des données en question

16.12.07

118 - Paradoxe de Goodman

Le paradoxe de Goodman appartient à la grande famille des paradoxes autour du raisonnement inductif. Oui, vous savez, le raisonnement inductif, celui qui dit : « tous les corbeaux que j'ai observés jusqu'ici sont noirs, donc tous les corbeaux doivent être noirs. » Ou encore : « chaque fois que la température de l'eau descend en dessous de 0°, elle gèle. Donc l'eau doit geler à 0°... »

Si ce type de raisonnement n'a pas l'évidence mathématique de la déduction, il est quand même bien utile pour pratiquer - justement - l'ensemble des autres sciences, genre physique, biologie and co. Pratique, donc, mais problématique. David Hume est -paraît-il - l'un des premiers à avoir remis en question la validité logique de l'induction en soulignant qu'elle nécessitait un certain nombre de corollaires implicites pour fonctionner, en particulier un principe d'uniformité de la Nature dont l'évidence est assez discutable.

Bref. Même si Hume a finalement essayé de sauver philosophiquement le raisonnement inductif (en l'encadrant de précautions cognitives), la mode de dénigrer cette bonne vieille induction au moyens de vicieux paradoxes était lancée. On peut citer par exemple le paradoxe de Hempel, ou paradoxe de l'ornithologie en chambre, qui s'énonce comme ça : pour déterminer la couleur du corbeau de manière inductive, on peut bien sûr observer des corbeaux, mais on peut aussi remarquer que la proposition « Tous les corbeaux sont noirs » est logiquement équivalente à « Tous les objets non-noirs sont des non-corbeaux ». Dès lors, plus besoin de courir les champs : il suffit de rester chez soi et d'observer un maximum d'objets non-noirs, ce qui est moins fatiguant et tout aussi valable logiquement.

Comment se fait-il alors que si peu d'ornithologues soient disposés à adopter la méthode de Hempel ?

Nelson Goodman, philosophe américain (1906 - 1998), a proposé dans la même ligne un paradoxe particulièrement perturbant. D'abord, il ne s'agit plus de corbeaux mais d'émeraudes. Ensuite, le paradoxe oblige à définir deux nouvelles couleurs : le vleu et le bert (grue & bleen).
The word grue is defined relative to an arbitrary but fixed time t as follows: An object X satisfies the proposition "X is grue" if X is green and was examined before time t, or blue and was not examined before t. The word bleen has a complementary definition: An object X is bleen if X is blue and was examined before time t, or green and was not examined before t. (1)
La version vulgarisée du paradoxe définit plus simplement vleu comme : « vert jusqu'à une certaine date t et bleu ensuite ». (2) L'observation d'une émeraude verte, remarque ensuite Goodman, étaye sans doute, par induction, la proposition : « toutes les émeraudes sont vertes », mais elle étaye tout autant la proposition : « toutes les émeraudes sont vleues », proposition qui, à partir du temps t, ne dit signifie plus du tout la même chose quant à la couleur de l'émeraude. Choisir d'accepter une proposition plutôt que l'autre, affirme Goodman, est une pure question d'habitude.

Alors, bon, on peut tenter de nier : dire que les définitions de vleu et de bert sont secondaires, en ce sens qu'elles sont définies par dessus les concepts de vert et de bleu, et qu'elles font en plus intervenir un élément temporel qui ne figure pas dans les notions de vert et de bleu... Seulement, observe Goodman, l'argument se retourne totalement : si on considère les notions de vleu et de bert comme primaires, celles de bleu et de vert sont secondaires, et ne se définissent qu'en y ajoutant un élément temporel :
If we take grue and bleen as primitive, we can define green as "grue if first observed before t and bleen otherwise", and likewise for blue. (1)
Et si tout ça vous fait mal au crâne, il vous reste à prendre une bonne aspirine avant de dormir. Quoique prouver l'efficacité de l'aspirine sans raisonnement inductif ?

(1) - Wikipedia : Grue and Bleen
(2) - Wikipedia : Le paradoxe de Goodman

9.12.07

117 - Dark data

L'expression dark data a été introduite par Thomas Goetz dans un article pour Wired du 25/9/2007. (1) L'exemple qu'il donne pour expliquer l'idée est une étude parue en 1981 sur le cancer du pancreas : ses auteurs avaient cherché des liens avec l'alimentation, imaginant trouver une corrélation avec la consommation de tabac et/ou d'alcool. Or, la seule corrélation finalement découverte (et donc publiée) concernait la consommation de café.

20 ans plus tard, il s'est avéré que ce résultat était faux. Mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est que la véritable info de l'histoire est un résultat négatif : c'est l'absence de lien entre alcool, tabac et cancer du pancreas. Or, cette information n'aurait sans doute jamais été publiée sans l'existence du faux (mais positif) résultat sur le café. Les millions d'études et d'expériences scientifiques qui n'aboutissent qu'à un résultat négatif, à un résultet par défaut, ne sont presque jamais publiées. Et, pour Thomas Goetz, c'est ça qu'il faut changer :
For the past couple of years, there's been much talk about open access, the idea that more scientific publications should be freely available — not locked behind firewalls and subscriptions. (...) Liberating dark data takes this ethos one step further. It also makes many scientists deeply uncomfortable, because it calls for them to reveal their "failures." But in this data-intensive age, those apparent dead ends could be more important than the breakthroughs.
Si l'exemple cité plus haut se raconte en quelques mots, ce n'est évidemment pas le cas dans l'immense majorité des cas : la forme standard d'un "résultat négatif" doit plutôt ressembler à une pile de bottins bourrés de données brutes qui n'ont décidemment pas voulu ressembler à ce que leurs chercheurs avaient imaginé.

Rendre les publications scientifiques libres d'accès est déjà un gros chantier, auquel se sont attelés les promoteurs de la Public Library of Science (2). Etendre le système à la somme colossale des résultats "négatifs" suppose une grosse mise à jour des infrastructures informationelles (comme on dit), notamment en termes de capacités de stockage en ligne : par les temps qui courent, le moindre projet scientifique a vite fait de générer quelques teraoctets de données. Ou ranger des petaoctets de dark data qui ne serviront peut-être jamais à rien ? Comment y accéder ? That is the question. D'ailleurs, Google serait déjà sur le coup. (3)

Mais tous ces problèmes de cables et de quncaillerie ne sont rien, remarque fort justement Thomas Goetz, à côté du véritable bouleversement que constituerait un tel système dans les habitudes de travail et de pensée des chercheurs... Et de leurs employeurs !
(1) Wired : Freeing the Dark Data of Failed Scientific Experiments
(2) Public Library of Science
(3) PIMM : Google’s Palimpsest project

11.11.07

116 - Proto-mondial

Tous les linguistes s'accordent sur l'existence d'une généalogie des langues plus ou moins parallèle à la généalogie humaine. Si le Français ressemble tant à l'Italien, c'est qu'il partage les mêmes racines latines. Au delà de ce niveau connu et attesté, il y en a un autre qui fait remonter les langues actuelles d'Europe occidentale,avec le Celte, le Russe, le Slave, le Grec, le Sanskrit et l'Indo-Iranien à une langue non seulement morte, mais disparue. Une langue hypothétique dont on peut reconstituer certains traits par déduction, et que les linguistes appellent l'Indo-Européen.

Il y a d'autres langues théoriques en plus de l'Indo-Européen : l'Ouralique serait l'ancêtre d'une trentaine de langues, parlées aujourd'hui dans l'Oural mais aussi en Finlande et en Hongrie, tandis que l'Altaïque serait celui de 66 langages de l'Asie du centre et du nord, parmi lesquelles le Turc et le Japonais. Plus controversée est la création du linguiste danois Holger Pedersen, qui a postulé en 1903 l'existence d'une langue ancestrale commune aux 6 grands groupes que sont l'Indo-Européen, l'Altaïque, l'Ouralique, l'Afro-Asiatique, le Kartvélien et le Dravidien. Cette langue hypothétique, parlée aux alentours de la fin du paléolithique (10 000 ans avant notre ère), il l'a baptisée Nostratique.

Dans un article de 1995, le Dr. Alexis Manaster Ramer de l'université de Detroit affirme que la racine commune aux mots anglais fist, finger et five, qu'on retrouve entre autres en Hollandais, en Allemand et en Russe, ne trouverait pas son origine au niveau Indo-Européen mais remonterait au Nostratique (2).

Certains poussent plus loin le parallèle entre généalogie des langues et phylogénie des espèces vivantes et considèrent que, de la même façon qu'on peut parler d'un ancêtre commun à l'ensemble des créatures vivantes (c'est le fameux LUCA), on peut aussi postuler un langue disparu, le proto-mondial, qui serait l'ancêtre de toutes les langues parlées aujourd'hui sur Terre. L'existence du nostratique et du proto-mondial a beau être spéculative (rien ne prouve réellement que les langues humaines aient une origine commune), ça n'a pas empêché certains linguistes de se livrer à des tentatives de reconstruction. Le russe Vladislav Illich-Svitych a même composé un poème en Nostratique :

.KelHä we.tei ‘a.Kun kähla
.kalai palhA-.kA na wetä
s'a da ’a-.kA ’eja ’älä
ja-.ko pele .tuba wete (2)

Ce qui signifierait grosso-modo :
Le language est un gué jeté sur la rivière du temps
Qui nous entraîne vers la maison des ancêtres disparus.
Mais il n'atteindra pas le but,
Celui qu'une eau profonde effraie.
Et si vous n'êtes toujours pas convaincu, sachez que les nénés des Français (ou plutôt : des Françaises) se disent nenka en Bulgare, nai en Chinois et ñuñu en Quechua. CQFD ! (3)

(1) Linguists Debating Deepest Roots of Language
(2) Nostraticist Vladislav Markovich Illich-Svitych
(3) Deriving Proto-World with tools you probably have at home

14.10.07

115 - Digital Forensics

Digital forensics, ou investigation digitale, c'est le nom que le Dr. Hany Farid, du Darthmouth College, donne a son nouveau job : démasquer les trucages numériques dans les images publiées dans la presse et ailleurs.

In society today, we're now seeing doctored images regularly. If tabloids can't obtain a photo of Brad Pitt and Angelina Jolie walking together on a beach, they'll make up a composite from two pictures. Star actually did that. And it's happening in the courts, politics and scientific journals, too. As a result, we now live in an age when the once-held belief that photographs were the definitive record of events is gone. (1),

Hany Farid développe donc un logiciel intitulé "Q" pour faire la distinction entre une image retouchée et une image brute. "Q" permet de détecter les copier-coller, les manipulations de couleur et de contraste, et les photomontages, en se basant sur la consistance de l'éclairage. En plus de prouver que Brad Pitt et Angelina Jolie ne sont PAS allés ensemble à la plage (ou que, si ils y sont allés, il n'y avait pas de photographe dans les parages), ça sert à toutes sortes de choses : les Canadiens l''utilisent pour démasquer les pêcheurs indélicats qui tentent de tricher au concours de pêche à coups de Photoshop. Mais il y a aussi des enjeux un poil plus essentiels, dans la mesure où l'image est devenue une part importante, parfois essentielle, de la communication scientifique.

Selon le Federal Office of Research Integrity , dont le job est d'enquêter sur les allégations de fraude scientifique, le nombre d'affaires mettant en cause des manipulations d'images est passé de 3% en 1990 à à 41% en 2006. Hany Farid a pu ainsi démasquer une équipe de Corée du Sud dont l'article publié dans Science montrait le résultat d'un superbe clonage de cellules... à coups de tampon dans Photoshop !

Si le fait de manipuler digitalement les images scientifiques peut-être utile, voire indispensable pour les rendre compréhensibles, le problème est de parvenir à fixer un seuil, une limite, entre l'amélioration visuelle l'escroquerie assistée par ordinateur... Et le problème est particulièrement aigu pour les revues scientifiques, dont le système de peer-review est censé garantir contre l'imposture...
The scientific community as a whole needs to come out with a well-thought-out policy on what is and isn't acceptable when it comes to altering photographs. (...) The journals are probably going to have to hire more staff. That will slow down the publication pipeline somewhat. But the cost of these scandals is too high. They undermine the public's faith in science. (1)

(1) New York Times - A conversation with Hany Farid

4.7.07

114 - Théorie du soma jetable

La théorie du soma jetable répond, ou tente de répondre, à une question relativement fondamentale : pourquoi la mort ? Eh oui : pourquoi mourir bêtement de vieillesse quand on est le produit de 4 milliards d'années d'évolution censée sélectionner les organismes les plus aptes à la survie ? La mort est-elle inéluctable ? La mort a-t-elle un fonction ? Rien n'est moins sur : on sait multiplier la durée de vie de vers ou de mouches jusqu'à 5 ou 6 fois en désactivant des gènes spécifiques, les gérontogènes, qui sont responsables de la sénescence, et sont donc chargés, de fait, d'abréger la vie. Comment la sélection naturelle a-t-elle pu choisir les gérontogènes ? Bref : pourquoi on meurt ?

D'abord, on ne meurt pas tant que ça. On meurt partiellement. Un être humain est constitué, comme tout animal, de deux catégories de cellules bien distinctes : les unes, les cellules germinales sont aptes à devenir des gamètes (spermatozoïdes ou ovules) ; les autres, les cellules somatiques, assurent les diverses fonctions de l’organisme. Seules ces dernières sont mortelles.

Les cellules germinales sont potentiellement immortelles, parce qu’une fois unies par la fécondation, elles peuvent donner naissance à de nouveaux individus, et ce pendant un nombre apparemment illimité de générations. Manifestement, ces cellules n’éprouvent aucune forme de sénescence. Par contre, les cellules somatiques sont mortelles. (1)

La sélection naturelle ne va "choisir" une mutation favorable à la survie du soma que dans les limites de son utilité reproductive.

Devenu stérile ou vieux, un individu perd toute valeur du point de vue sélectif. Sa disparition sera sans conséquence pour l’avenir de sa lignée – à moins qu'il ne reste quelque temps encore utile à la survie de sa progéniture. (1)

Formulée en 1977 par Thomas Kirkwood, la théorie du soma jetable développe cette idée, en l'envisagent d'un point de vue allocation de ressources :

Cette théorie part d'un constat : la maintenance de l'organisme a un prix, car elle exige des mécanismes spéciaux qui, de plus, consomment de l'énergie.Cela pose un problème d'llocation de ressources. Combien l'organisme peut-il en détourner de sa seule tâche vraiment incontournable, qui est de se reproduire, ou pour employer un langage inspiré par Richard Dawkins, de véhiculer ses gènes jusqu'à la génération suivante ? (2)

Un problème d'allocation de ressources, ça semble surmontable... Mais attention : une théorie concurrente, répondant au déplaisant patronyme de pléiotropie antagoniste, complique les choses en stipulant que les mutations inactivant les gérontogènes ont divers inconvénients pour les animaux ou les êtres humains dont la vie est prolongée. (1) Par exemple en favorisant le développement de cancers précoces...

Bref, on n'est pas sortis d'affaire ! Je parle, bien sûr, au nom de mes cellules somatiques.

(1) L'observatoire de la génétique : Le vieillissement à la lumière de la théorie de la sélection naturelle.
(2) André Klarsfeld : De fausses bonnes raisons de mourir, in Les dossiers de la Recherche n°27

22.5.07

113 - Anaphore

Bon, d'accord, c'est vrai : j'ai manqué à mon promesse d'au point un post par semaine... C'est mal. Mais foin de la repentance qui est, comme on sait, une forme de la haine de soi. Pour me faire pardonner, j'ai découvert la vraie raison de l'élection de Nicolas Sarkozy. La vraie raison de l'élection de Nicolas Sarkozy c'est l'usage massif de l'anaphore. Oui, l'anaphore : cette figure de rhétorique, qui se caractérise par la répétition d'un même mot ou d'un même segment en tête de vers ou de phrase...
Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! (1)
Des anaphores, le candidat Sarkozy en a commis une quantité assez colossale durant la campagne...
Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe dotée d’un gouvernement économique qui défende les intérêtes des Européens.
Nous devons être capables de leur proposer une Europe où un rapprochement européen d’entreprises ne puisse pas être interdit parce qu’il est présumé pouvoir engendrer un abus de position
dominante.
Nous devons être capables de leurproposer une Europe où les dogmes de la concurrence n’interdisent pas les politiques industrielles. (2)

Vous reconnaissez le procédé ? C'est pas du Corneille, mais c'est tout comme : c'est du Henri Guaino ! Même si l'anaphore n' a pas fait directement élire Nicolas Sarkozy, elle a au moins joué un rôle emblématique dans le succès d'une rhétorique largement basée sur... la répétition. Si Arlette reste la championne toutes catégories, Nicolas Sarkozy arrive bon second au palmarès du copier-coller, avec un taux moyen de recyclage de 24 % sur l'ensemble de ses discours de campagne. Damon Mayaffre linguiste au CNRS, a -par exemple- compté 241 occurences du mot autorité en 43 meetings. Et 39 fois la formule "nous n'avons pas le droit de..."
Il [Nicolas Sarkozy] a toujours utilisé des phrases courtes et concises - alors que sa concurrente socialiste employait des phrases longues nourries d'incidentes - dont le propos était repris, martelé et amplifié par de nombreuses figures de répétition, telle l'anaphore rhétorique ("Ma France, c'est celle de tous les Français (...). Ma France, c'est celle des travailleurs..."), technique oratoire qui cherche à fixer des vérités et à entraîner l'adhésion des auditeurs. Comme s'il s'agissait de donner dans la syntaxe et le rythme des énoncés un équivalent de ce que serait son attitude à la tête de l'Etat : persévérance dans l'action et recherche de résultats rapides. (3)
Cela dit, s'il suffisait d'employer massivement l'anaphore pour se faire élire, ça se saurait. Tenez, celui-là, par exemple :
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte... (4)
Eh ben il a jamais réussi à se faire élire nulle part !

(1) Horace - Pierre Corneille
(2) Nicolas Sarkozy - discours à Strasbourg, 21-01-07
(3) Le Monde - Sarkozy, le poids des mots, par Michel Erman
(4) Arthur Rimbaud - Illuminations

Voir aussi : 107 - Pataphore

27.4.07

112 - Coévolution gène-culture

Durant au moins deux millions d'années, nos ancêtres ont reçu en héritage deux sortes d'informations : l'une codée par des gènes l'autre par la culture. (1)
Cette notion de double héritage est à la base de ce que les généticiens des populations appellent coévolution gène-culture : d'une part, les traits culturels se transmettent de génération en génération et évoluent selon un principe darwinien (on retrouve la mémétique de Richard Dawkins) ; d'autre part gènes et traits culturels exercent une influence réciproque. Les deux types d'information (patrimoine génétique et patrimoine culturel) se transmettent d'une génération à l'autre parallèlement, et interagissent. C'est l'étude quantitative de cette interaction à double sens (Luca Cavalli-Forza et Marc Feldman 1976) qui fonde spécifiquement l'approche coévolutive.

Un résultat fameux a été, par exemple, de mettre en évidence la corrélation entre l'invention de l'élevage et la large diffusion du gène humain permettant la digestion de la lactose. (Ulijaszek & Strickland 1993). L'un des intérets est aussi de pouvoir prendre compte des traits culturels dont la valeur sélective est négative, comme par exemple : l'usage de méthodes contraceptives ! Les coévolutionnistes parlent de valeur culturelle, qui peut contrebalancer la valeur sélective d'un trait culturel.

Les coévolutionistes interprètent la culture humaine en termes darwiniens : au gène correspond la notion de mème, à l'héritage génétique la transmission culturelle et à la mutation... l'innovation. L'une des différences est que, tandis que la transmission génétique est seulement verticale (du parent vers l'enfant), la transmission culturelle est verticale et horizontale (elle fonctionne aussi au sein d'une même génération).

Un autre concept important est la construction de niche qui décrit les processus par lesquels les organismes modifient leur environnement plutôt que de seulement s'y adapter : nids, terriers, etc. Dans la mesure où nous autres humains, avons pousssé assez loin le processus, on peut se demander quel est le rôle de la coévolution sur l'évolution future du genre humain... Question à laquelle les généticiens ont déjà répondu :
En fait, au cours des 25 à 40 000 dernières années, le principal déterminant de l'évolution humaine a probablement été exclusivement culturel. (1)
(1) Kevin N. Laland : Gene-Culture Coevolution
Kevin N. Laland : Gene-culture Co-Evolution (PowerPoint)